Afrique : entre avancées démocratiques et recul autoritaire
afrique : entre avancées démocratiques et recul autoritaire
Sur le continent africain, les tensions entre démocratie et dictature s’intensifient. Depuis 2020, une vague de coups d’État secoue plusieurs nations, tandis que d’autres résistent farouchement à l’autoritarisme. Une analyse des dynamiques en cours révèle un continent à deux vitesses.
une multiplication des coups d’État en afrique de l’Ouest
En Guinée-Bissau, un État lusophone parmi les plus pauvres d’Afrique, des officiers ont renversé le gouvernement en place, déclarant vouloir contrôler le pays pendant une année transitoire. Cette prise de pouvoir coïncide avec l’interdiction de la publication des résultats d’une élection présidentielle disputée, où le président sortant, Umaro Sissoco Embalo, et son principal rival, Fernando Dias da Costa, revendiquent tous deux la victoire. Dias da Costa, en fuite, accuse Embalo d’avoir orchestré ce putsch pour éviter une défaite électorale. Un sondage réalisé en novembre donnait 60 % des intentions de vote à Dias da Costa, contre environ 50 % à Embalo, ce qui renforce la plausibilité de cette thèse.
Cette situation n’est pas isolée. Le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et le Niger, tous dirigés par des juntes militaires, illustrent un phénomène récurrent. Ces pays, autrefois soutenus par la France, ont vu leurs gouvernements élus renversés, parfois à plusieurs reprises, comme au Mali où deux coups d’État se sont succédé en moins d’un an. La présence de mercenaires russes, notamment du groupe Wagner, a remplacé les forces françaises, tandis que les groupes djihadistes gagnent du terrain, imposant leur loi dans certaines régions.
Le Tchad, le Gabon et Madagascar ne sont pas épargnés. Après la mort violente du président Idris Déby en 2021, son fils a pris le pouvoir avec l’appui de l’armée. Au Gabon, un coup d’État a mis fin à la dynastie des Bongo, au pouvoir depuis plus de six décennies, avant que le général Brice Oligui Nguema ne s’empare du pouvoir par un plébiscite. À Madagascar, des manifestations de la « génération Z » ont conduit à la chute du président Andry Rajoelina, remplacé par l’armée.
des bastions de démocratie qui résistent
Malgré ce tableau sombre, l’Afrique compte encore des pays où la démocratie fonctionne. Une étude récente, intitulée Et pourtant, elle résiste, dirigée par Tiziana Corda, met en lumière des élections libres et multipartites ayant permis des changements de gouvernement en 2024. Des nations comme le Sénégal, le Botswana, le Cap-Vert et le Ghana ont vu leurs dirigeants sanctionnés par le vote populaire, démontrant une vitalité démocratique notable.
L’Afrique du Sud, où le Congrès national africain (ANC) a perdu sa majorité absolue, incarne également cette tendance. La société civile et une presse libre jouent un rôle clé dans ces pays, où les alternances politiques sont désormais possibles. Même l’Union africaine, avec des pays comme l’Afrique du Sud et le Nigeria, continue de condamner les coups d’État et de défendre les processus électoraux.
les jeunes africains, acteurs d’un changement
Les mouvements citoyens portés par les jeunes, représentant 70 % de la population africaine, se multiplient. Ces générations, connectées et déterminées, rejettent l’autoritarisme et la corruption, exigeant une gouvernance plus transparente et responsable. Leur mobilisation contraste avec le désenchantement croissant des démocraties occidentales, où l’abstention et les régimes autoritaires gagnent du terrain.
Alors que certains pays africains luttent contre la dictature et l’instabilité, d’autres montrent que l’alternance pacifique est possible. L’avenir du continent dépendra de sa capacité à concilier résistance face à l’autoritarisme et consolidation des acquis démocratiques.