Algérie et Sahel : la course contre le temps pour contrer le Maroc
Les relations diplomatiques entre l’Algérie et ses voisins du Sahel connaissent une réactivation sans précédent, marquée par des gestes concrets en direction du Mali et du Niger. Après des mois de tensions avec Bamako, Alger a rétabli ses liens avec la junte malienne et rouvert son espace aérien aux appareils officiels. Avec Niamey, la coopération s’est intensifiée, avec la livraison d’hélicoptères militaires, la relance de projets pétroliers et la commercialisation conjointe du brut nigérien. Une stratégie qui vise à endiguer l’influence croissante du Maroc dans une région où Alger cherche à retrouver son leadership.
Une normalisation urgente avec le Mali
La crise entre Alger et Bamako, qui a duré plus d’un an, a pris fin en juillet avec le retour des ambassadeurs et la réouverture des liaisons aériennes. Cette réconciliation s’est accélérée début août, lorsque le Premier ministre malien a évoqué une «convergence totale de vues» avec Abdelmadjid Tebboune, notamment sur la «souveraineté des États et la non-ingérence». Pour l’Algérie, cette reprise du dialogue n’est pas seulement une question de relations bilatérales : le Mali est un acteur clé de l’Alliance des États du Sahel (AES), et sa rupture avait illustré l’affaiblissement de l’influence algérienne dans la région.
Le Niger, un partenaire stratégique en pleine expansion
Le rapprochement avec Niamey s’est concrétisé par des engagements concrets : la livraison de quatre hélicoptères militaires (dont deux Mi-24V et deux Mi-171), accompagnés de matériel de maintenance, ainsi que le lancement des travaux de forage du puits Kafra Sud-Est 1. Parallèlement, Sonatrach et la Sonidep ont annoncé leur première commercialisation conjointe de pétrole nigérien. Ces mesures combinent sécurité, énergie et économie, trois piliers essentiels pour renforcer la présence algérienne au Sahel.
Mali, Niger, Burkina Faso : une bataille d’influence régionale
L’AES, composée du Mali, du Niger et du Burkina Faso, a rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et renforcé ses liens avec la Russie. Cette nouvelle donne crée une opportunité pour Alger, qui cherche à retrouver sa place auprès de gouvernements en quête de nouveaux alliés. Cependant, la concurrence avec le Maroc ajoute une dimension complexe à cette reconquête. Rabat a développé une stratégie intégrant diplomatie, investissements, formation religieuse et infrastructures, tandis qu’Alger mise sur des leviers économiques et militaires pour contrer son rival.
Des analyses récentes soulignent que la diplomatie économique algérienne vise à «préserver son influence régionale face aux démarches marocaines». Pourtant, malgré ses ressources militaires et énergétiques, Alger peine à convertir ces atouts en influence politique durable. Le Maroc, lui, a su tisser un réseau d’intérêts durables, laissant l’Algérie dans une posture de réaction.
Le difficile retour d’Alger sur la scène malienne
La normalisation avec Bamako marque un tournant après quinze mois de confrontation, déclenchée par la dénonciation de l’accord de paix de 2015 et aggravée par l’incident du drone détruit en avril 2025. La reprise des relations diplomatiques, facilitée par Niamey, offre à Alger une nouvelle chance de participer aux discussions régionales sur la sécurité et la stabilité. Mais cette avancée reste fragile, d’autant que le Mali a récemment soutenu le plan d’autonomie marocain pour le Sahara, un dossier qui oppose Alger et Rabat.
Niger : le laboratoire de la stratégie algérienne
Dès mars, la deuxième session de la commission mixte algéro-nigérienne avait jeté les bases d’un «partenariat stratégique et irréversible». Depuis, les engagements se multiplient : dons militaires, projets énergétiques et infrastructures. Ces initiatives visent à ancrer l’Algérie dans une relation économique et sécuritaire durable avec Niamey, un pays frontalier exposé aux groupes armés.
Cette approche répond à une double contrainte : sécuritaire, car l’instabilité au Sahel menace directement l’Algérie, et politique, pour contrer l’avance marocaine. Le gazoduc transsaharien, les hydrocarbures et les équipements militaires deviennent ainsi des outils clés de cette reconquête.
Le Maroc, un rival qui a pris de l’avance
Le problème pour Alger est que le Maroc a déjà consolidé sa position au Sahel. Le Mali a retiré sa reconnaissance à la RASD et soutenu le plan d’autonomie du Sahara, tandis que les trois pays de l’AES ont développé leurs relations avec Rabat. Pour Alger, cette évolution touche au cœur de la rivalité avec son voisin : la capacité à rallier les capitales africaines à sa vision du dossier du Sahara. Dans cette compétition, Alger semble jouer la carte de la frustration, cherchant à empêcher Rabat de tirer profit de ses propres erreurs.
Une reconquête fragile et réactive
La politique algérienne actuelle est avant tout une réponse à la perte d’influence. Après avoir été évincée du rôle de médiateur au Mali, Alger tente de revenir par des accords bilatéraux, des projets énergétiques et une coopération sécuritaire. Le Niger sert de terrain d’expérimentation, tandis que le Mali reste un test diplomatique majeur. Le Burkina Faso, bien que moins médiatisé, complète ce dispositif. Pourtant, cette stratégie, centrée sur la concurrence avec le Maroc, limite la portée de l’offre algérienne. Une puissance durable dans la région devrait pouvoir proposer une vision propre, et non seulement réagir aux initiatives de son rival.