Bénin : romuald wadagni prend les rênes du pays dans un climat d’unité relative
Un technocrate expérimenté à la tête du Bénin pour sept ans
À quelques semaines de ses cinquante ans, Romuald Wadagni a officiellement débuté son mandat présidentiel d’une durée de sept ans, renouvelable. Sa prise de fonction s’est concrétisée lors d’une cérémonie sobre au palais de Cotonou, la capitale économique, en l’absence des chefs d’État traditionnellement invités lors des précédentes investitures.
Une élection sans suspense et une opposition affaiblie
Son accession à la magistrature suprême résulte d’un scrutin marqué par l’absence de réelle opposition. Le 12 avril dernier, il n’a eu qu’un seul adversaire, Paul Hounkpè, dont le parti, les Forces cauris pour un Bénin émergent, a depuis rallié la majorité présidentielle. Quant au principal parti d’opposition, les Démocrates, il n’a même pas pu participer au vote en raison d’un manque de parrainages, plongé qu’il est dans une crise interne profonde.
Les priorités affichées du nouveau président
Lors de son discours d’investiture, Romuald Wadagni a tenu à saluer son prédécesseur avant d’évoquer les engagements phares de sa campagne. Parmi ceux-ci, l’idée que «la croissance nationale ne prend tout son sens que lorsqu’elle se traduit concrètement dans le quotidien des citoyens». Il a également lancé un message d’espoir aux jeunes Béninois : «Ceux qui refusent les fatalités du passé et aspirent à réussir sur place grâce à leur travail trouveront au Bénin un soutien sans faille pour concrétiser leurs ambitions».
Relance des partenariats régionaux et sécurité renforcée
Le nouveau chef de l’État devra poursuivre les grands projets économiques initiés par son prédécesseur, dans lesquels il a lui-même joué un rôle clé en tant que ministre des Finances. Cependant, l’un de ses défis majeurs consistera à endiguer les violences jihadistes qui secouent le nord du pays, où des groupes armés recrutent activement au sein de la population locale.
Face à cette menace, il a martelé : «Le Bénin ne cédera ni à la peur ni à la complaisance. L’État agira avec fermeté contre tout ce qui menace notre unité et notre stabilité», tout en insistant sur la nécessité d’une «coopération renforcée» avec les pays voisins.
Vers une réconciliation diplomatique avec les juntes sahéliennes
Surnommé un francophile assumé, Romuald Wadagni devra également travailler à apaiser les tensions avec les régimes souverainistes du Sahel, notamment le Niger, qui l’accusent régulièrement de chercher à les déstabiliser. Dimanche, la présence remarquée du Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, chaleureusement accueilli, a été interprétée comme un signe d’ouverture. Le Burkina Faso et le Mali étaient également représentés par leurs ministres des Affaires étrangères.
Un virage autoritaire sous surveillance
Les premières mesures du nouveau président en matière de libertés publiques seront particulièrement scrutées, d’autant que son prédécesseur est critiqué pour avoir adopté une politique répressive envers l’opposition, avec l’incarcération de plusieurs figures politiques de premier plan. Des observateurs, comme Reporters sans frontières, ont d’ailleurs appelé Romuald Wadagni à «faire de la liberté de la presse une priorité absolue» et à libérer les journalistes emprisonnés.
Un mandat sans élection pendant plus de six ans
Le Bénin entre désormais dans une période inédite : grâce à une réforme constitutionnelle, tous les scrutins, nationaux et locaux, seront organisés la même année, évitant ainsi des élections fréquentes pendant plus de six ans.
Un parcours marqué par l’excellence et l’humilité
Issu d’une famille d’intellectuels – son père, Nestor, était un économiste renommé, et sa mère, une entrepreneure –, Romuald Wadagni est né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest du pays, à proximité du Togo. Malgré une carrière internationale brillante, il reste attaché à ses racines et gère toujours une exploitation agricole.
Une formation d’élite et une carrière internationale
Après des études en finance à l’École supérieure de commerce de Grenoble, puis une formation à Harvard, il intègre le cabinet Deloitte, où il devient associé et se spécialise dans les opérations africaines. En 2016, Patrice Talon, fraîchement élu président, lui confie le ministère de l’Économie et des Finances pour piloter un ambitieux plan de réformes économiques.
Des résultats économiques encourageants
Sous sa direction, le Bénin a vu son déficit public divisé par trois, ramené à 3% du PIB, tout en lançant de vastes chantiers d’infrastructures et en modernisant son économie. En 2021, Patrice Talon, réélu, le maintient à son poste et le nomme même ministre d’État, confirmant ainsi sa confiance dans ses compétences.
Une croissance soutenue et des défis persistants
Avec une croissance moyenne dépassant les 6% sur la dernière décennie, le Bénin séduit les investisseurs internationaux et se positionne comme un élève modèle en Afrique de l’Ouest. Pourtant, au-delà des chiffres, le nouveau président devra aussi gérer les tensions sécuritaires croissantes dans le nord du pays.
Selon Franck Kinninvo, analyste politique : «Romuald Wadagni s’inscrira dans la continuité des politiques menées, mais gouverner implique aussi de relever les défis non économiques».
Un leadership rassembleur et pragmatique
Son entourage souligne que Patrice Talon l’a associé à toutes les décisions sécuritaires des dernières années et l’a soutenu pour lui succéder. Lors de sa campagne, il a obtenu le soutien des deux principaux partis de la majorité, ainsi que celui de certains opposants, ce qui renforce son image de «rassembleur».
Lucien Fayomi, militant et soutien du président, analyse : «Certains lui reprochent une certaine discrétion, mais celle-ci peut aussi être une force dans un contexte où la sobriété et l’efficacité priment. Wadagni incarne une nouvelle génération de dirigeants, moins dans le verbe et plus dans l’action».