Caisse des dépôts Cameroun : un outil clé pour financer les infrastructures nationales

Face à la baisse des financements extérieurs traditionnels, le Cameroun mise sur une solution endogène pour dynamiser son développement : la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC). Lancée officiellement en janvier 2023 après quinze ans d’existence juridique, cette institution s’impose comme un acteur central pour mobiliser l’épargne intérieure et la transformer en investissements structurants.

« La contraction de l’accès aux prêts concessionnels et à l’aide publique au développement a rendu indispensable la recherche de nouvelles sources de financement », explique un observateur économique camerounais. « La CDEC répond à ce défi en centralisant des ressources autrefois dormantes pour les orienter vers des projets d’infrastructures durables. »

Un modèle inspiré de la France, adapté au contexte camerounais

Le Cameroun s’appuie sur l’expérience réussie de la Caisse des Dépôts française, institution centenaire qui a fait ses preuves dans la transformation de l’épargne en leviers de développement. Trois mécanismes fondamentaux guident cette approche :

  • Centralisation des ressources réglementées : Livrets d’épargne populaire, fonds notariaux et comptes inactifs sont consolidés par un établissement public sécurisé.
  • Transformation des dépôts à court terme en prêts long terme : Grâce à la garantie de l’État, ces fonds financent des projets structurels (logement social, rénovation urbaine, numérique).
  • Effet de levier économique : Chaque franc collecté génère des retombées durables pour l’économie nationale.

La CDEC camerounaise reprend cette architecture en se concentrant sur trois missions principales : collecter, sécuriser et rentabiliser sur le long terme des ressources actuellement sous-exploitées, tout en accompagnant les politiques publiques nationales.

Une collecte en progression, mais des défis persistants

Trois ans après son opérationnalisation, la CDEC a déjà centralisé plus de 151 milliards de FCFA (environ 260 millions de dollars), selon les déclarations du directeur général Richard Evina Obam. Ce montant, bien que significatif, ne représente qu’une fraction du potentiel identifié : certaines estimations évoquent plus de 1 000 milliards de FCFA en fonds en déshérence dans le système bancaire camerounais.

Plusieurs avancées juridiques ont été mises en place pour accélérer cette collecte :

  • La loi de 2008 et son décret d’application de 2011 définissent quatre catégories de ressources mobilisables : dépôts bancaires, consignations administratives, consignations judiciaires et fonds assimilés.
  • Un décret du Premier ministre daté du 1er décembre 2023 impose aux banques, assurances, notaires et greffes un transfert obligatoire des fonds consignés sous peine de sanctions financières.

Cependant, des résistances persistent : « Certaines institutions financières restent réticentes à transférer les fonds dus », souligne un expert. Seule une banque, Allianz Cameroun, avait effectué un transfert complet dès fin 2023.

Vers une banque dédiée pour booster les infrastructures

L’innovation majeure réside dans le projet de création d’une filiale bancaire spécialisée, dont l’étude de faisabilité a été lancée en février 2025. Cette entité aura pour vocation de :

  • Accompagner l’État, les collectivités territoriales et les entreprises dans le financement des grands projets d’infrastructures.
  • Soutenir les PME locales dans l’obtention de marchés publics.
  • Faciliter l’accès au marché boursier et développer des produits financiers adaptés aux besoins camerounais.
  • Proposer des solutions de long terme comme les prêts structurés, garanties et crédit-bail.

Cette filiale s’inspirera du modèle de la Banque des Territoires française, marquant ainsi le passage d’une logique de simple collecte à une stratégie d’investissement actif dans l’économie réelle.

Secteurs prioritaires pour les investissements

Plusieurs domaines bénéficieront directement de cette manne financière :

  • Logement social : Financement du programme des 10 000 logements et du marché immobilier abordable.
  • Infrastructures urbaines : Amélioration de la voirie et de l’assainissement dans les grandes villes comme Yaoundé et Douala.
  • Numérique : Extension de la couverture haut débit dans les zones rurales.
  • Décentralisation : Financement des collectivités territoriales pour renforcer leur autonomie.
  • Transport : Développement des corridors routiers, optimisation du port de Kribi et modernisation du réseau ferroviaire.

Conditions de succès : entre opportunités et vigilance

Malgré son potentiel, la CDEC devra surmonter plusieurs obstacles pour atteindre ses objectifs :

  • Effectivité de la collecte : La résistance de certaines banques à transférer les fonds montre que le chantier reste incomplet.
  • Transparence et crédibilité : La confiance des épargnants et des consignataires dépendra de la gouvernance et de la communication autour des usages des fonds.
  • Expertise technique : Le financement d’infrastructures requiert des compétences pointues en montage de projets, évaluation des risques et structuration financière.
  • Coordination avec les bailleurs : Pour éviter les chevauchements et maximiser l’impact, la CDEC devra collaborer étroitement avec les autres acteurs du financement public et privé.

En conclusion, la Caisse des Dépôts et Consignations camerounaise dispose désormais des fondations juridiques, institutionnelles et opérationnelles pour devenir un pilier du développement national. Sa capacité à transformer l’épargne domestique en investissements structurants représente une réponse adaptée aux contraintes actuelles de financement. Le lancement de sa filiale bancaire dédiée marque une étape décisive vers une gestion plus active et stratégique des ressources collectées. Le succès de cette initiative dépendra de l’efficacité de la collecte coercitive et de l’acquisition rapide des compétences nécessaires en ingénierie financière de projets.