Casamance : le cannabis, une menace persistante malgré l’affaiblissement des rebelles
Un conflit historique qui s’essouffle, mais dont la paix reste fragile
Au cœur du sud du Sénégal, la Casamance est le théâtre d’un conflit qui dure depuis plus de quatre décennies. En mai dernier, des militaires et gendarmes, épaulés par des chiens spécialisés, ont démantelé des plantations de cannabis dans cette région frontalière. Cette opération marque un nouvel épisode dans un conflit indépendantiste vieux de 43 ans, mené par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), qui revendique la séparation d’une partie du territoire du reste du pays, séparé par la Gambie.
L’intervention ciblait des zones proches des bases rebelles, dans le Nord Sindian, où les forces de sécurité ont saisi six tonnes de cannabis et des armes de guerre, tout en procédant à 14 arrestations. Le colonel Cheikh Guèye, commandant militaire de la région de Ziguinchor, a qualifié l’opération de succès, soulignant l’absence de résistance majeure de la part des groupes armés.
Le MFDC, autrefois redouté, est aujourd’hui en déclin. Ses effectifs se réduisent, ses combattants vieillissent, et il peine à recruter de nouveaux membres. L’armée sénégalaise, en revanche, a renforcé ses capacités, tant en effectifs qu’en équipements, laissant les rebelles dans une position de plus en plus précaire.
Des divisions internes et une économie illicite à démanteler
Plusieurs facteurs expliquent cet affaiblissement. Le mouvement souffre de divisions profondes entre ses factions politiques et militaires, ainsi que d’un manque criant d’approvisionnement en armes, conséquence de la coopération accrue entre le Sénégal et ses voisins, la Gambie et la Guinée-Bissau, pour endiguer le trafic et les activités rebelles.
Autre coup dur pour le MFDC : la perte du soutien des populations locales. Autrefois perçu comme un mouvement porteur d’espoir, il a vu sa base sociale s’éroder au fil des années. « La désillusion est palpable, les communautés aspirent désormais à la paix », confie un acteur de la société civile casamançaise qui préfère garder l’anonymat.
Le commerce illicite de cannabis joue un rôle clé dans ce conflit. Les revenus générés par cette culture illégale financent les activités des factions armées, leur permettant de se maintenir malgré leur déclin. Une économie parallèle qui mine les efforts de pacification.
Des accords de paix fragiles et une population en quête de stabilité
Malgré les avancées, la paix reste précaire. Plusieurs accords de paix ont été signés ces dernières années, notamment en 2025 avec des factions rebelles basées en Guinée-Bissau. Cependant, leur application reste inégale, et certains groupes refusent toujours de déposer les armes. « La majorité des réfugiés et déplacés rentrent chez eux, mais des éléments armés persistent dans l’illégalité », explique une personnalité locale.
Les autorités misent sur une stratégie globale : éradiquer le cannabis pour priver les groupes armés de leurs ressources, tout en offrant des alternatives économiques aux populations. Le Premier ministre Ousmane Sonko, originaire de Casamance, a réaffirmé la détermination de l’État : « Nous ne céderons pas un pouce de territoire. Notre priorité est d’éradiquer cette économie criminelle qui alimente le conflit. »
Entre désillusions politiques et enjeux économiques, la Casamance reste à la croisée des chemins. La lutte contre le cannabis pourrait bien être le dernier rempart avant une paix durable… ou une résurgence des violences.
Une région aux ressources pillées et aux habitants en quête de survie
Le Nord Sindian, épicentre des activités illicites, illustre les difficultés de la région. Enclavée, avec une forêt dense et des routes quasi inexistantes, cette zone est un terreau fertile pour les trafics. Malgré des ressources agricoles et forestières importantes, les habitants peinent à écouler leurs productions, les condamnant parfois à dépendre du commerce illégal.
« Certains cultivateurs de cannabis se tournent vers les imams pour savoir si leur activité est religieusement tolérée », révèle un responsable administratif sous couvert d’anonymat. Une question qui interroge sur l’emprise des réseaux criminels sur les populations locales.
Les efforts militaires, bien que nécessaires, ne suffiront pas à eux seuls. « La pacification passe aussi par le développement économique et la réintégration des anciens combattants », souligne un ancien membre des forces spéciales. Une équation complexe pour un conflit qui, après quatre décennies, n’a toujours pas trouvé de solution définitive.