Centrafrique : Wagner cible un expert humanitaire sous de faux prétextes
Un soir du 26 mai 2024, dans un établissement de Zemio, petite ville du Haut-Mbomou en Centrafrique, une scène anodine de fin de mission s’est transformée en drame pour le chercheur Joseph Figueira. Invité par l’ONG FHI 360 dans le cadre d’un projet financé par l’Usaid, il partageait un moment de détente avec des partenaires locaux avant un retour prévu vers Bangui le lendemain. Mais l’arrivée de trois individus liés au groupe Wagner, présent dans le pays depuis 2018 en tant que force de soutien aux autorités, a tout basculé.
Sans explication, Figueira, spécialiste des dynamiques communautaires peules, a été arraché à son environnement sécurisé par ces hommes en armes. Les procédures légales ? Ignorées. Les papiers d’identité ? Restés dans les locaux de son hébergement. En quelques minutes, il était menotté, encagoulé, et embarqué de force dans un aéronef, subissant au passage des violences ayant laissé son visage ensanglanté. Son seul tort ? Avoir mené des consultations essentielles pour un projet de prévention des conflits, en coordination avec des acteurs locaux et internationaux, dans une région où les tensions communautaires persistent.
Ce cas illustre une stratégie plus large d’instrumentalisation des acteurs humanitaires et des experts par Wagner, révélée par des milliers de documents internes ayant fuité. Ces archives, issues d’un réseau de consultants en communication et influence lié à l’oligarque Evgueni Prigojine, puis récupéré par l’État russe après sa mort, dévoilent une machine de propagande ciblant spécifiquement les acteurs de terrain œuvrant en Afrique centrale. À travers des arrestations arbitraires et des campagnes de désinformation, ces groupes cherchent à discréditer les initiatives locales et internationales, fragilisant davantage des zones déjà fragiles.
L’incident de Zemio n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une logique où les peuples africains deviennent des pions dans des jeux d’influence étrangers, sapant les efforts de coopération et de développement. Les humanitaires, souvent en première ligne pour apaiser les tensions, se retrouvent pris pour cible, leurs missions détournées au profit d’agendas opaques.