Cinq ans après le putsch, où en est le Mali sous les militaires

cinq ans après le putsch, où en est le Mali sous les militaires

Portrait d'Assimi Goïta

Le 24 mai, le Mali commémore cinq ans depuis que le général Assimi Goïta a renversé les institutions par un coup de force. Depuis, le pays oscille entre critiques acerbes et soutiens indéfectibles. Retour sur une trajectoire politique où les promesses de stabilité peinent à se concrétiser.

Une liberté d’expression en recul constant

Sur le plan politique, la situation se dégrade : moins de sécurité pour les citoyens, moins de libertés d’expression et de presse. Les débats restent possibles, mais sous haute tension. Les voix dissidentes sont muselées : emprisonnements et exils se multiplient. L’atmosphère générale se tend, transformant l’espace public en terrain miné pour toute critique ouverte du pouvoir.

Sécurité : des promesses non tenues

En 2020, les militaires promettaient de mettre fin à l’emprise des groupes armés. Cinq ans plus tard, le JNIM et l’État islamique étendent leur emprise sur une part croissante du territoire. Malgré des percées initiales, comme l’ouverture temporaire de la route vers Ségou, la situation s’est rapidement dégradée. La croissance démographique, les changements climatiques et l’insécurité chronique aggravent une crise humanitaire déjà alarmante. Aucun acteur actuel ne semble en mesure d’inverser cette tendance.

L’échec des mercenaires russes

L’arrivée des mercenaires russes avait suscité des espoirs. Avec seulement 1 500 à 2 000 hommes — contre 5 000 soldats français auparavant — leur impact s’est révélé décevant. Leur brutalité a exacerbé les tensions locales, et leur retrait des villes clés comme Kidal a laissé le Mali face à une humiliation stratégique. Leur départ sans combat a confirmé leur inefficacité opérationnelle.

L’Alliance des États du Sahel : une solidarité en trompe-l’œil

Le Niger, le Burkina Faso et le Mali, membres de l’Alliance des États du Sahel, affichent une unité politique et idéologique. Pourtant, cette solidarité reste théorique. Pauvres et en proie à leurs propres insécurités, ces nations peinent à apporter un soutien concret. Leurs déclarations d’intention ne se traduisent pas en actes militaires, laissant Bamako livré à lui-même face à une menace djihadiste toujours plus menaçante.

La population entre deux feux

Malgré un bilan désastreux, Assimi Goïta conserve un soutien populaire. Les Maliens rejettent à la fois les djihadistes — qui imposeraient un régime théocratique brutal — et les anciennes élites corrompues, perçues comme des relais de l’influence étrangère. La jeunesse malienne, souvent exclue des débats traditionnels, s’informe via les réseaux sociaux, où prolifèrent désinformation et propagande pro-gouvernementale.

Les récentes attaques coordonnées entre djihadistes et rebelles touaregs ont révélé la vulnérabilité de l’État. Pourtant, aucune manifestation d’envergure n’a suivi ces événements. Les citoyens savent que toute vacance du pouvoir risquerait d’ouvrir la porte à une prise de contrôle djihadiste. Dans l’impasse, ils préfèrent maintenir le statu quo, malgré les difficultés croissantes.

Vers une solution ? Le dialogue comme ultime recours

Face à l’échec militaire, certains évoquent la nécessité d’un dialogue avec les factions modérées des djihadistes. L’exemple de la Mauritanie, qui a combiné répression et compromis sociaux, inspire quelques pistes. L’objectif ? Éviter une application stricte de la charia à Bamako, tout en satisfaisant partiellement les revendications locales.

Les djihadistes malien, contrairement à leurs homologues du Proche-Orient, sont avant tout des locaux en quête de ressources et de reconnaissance. Leur pouvoir se limite à des zones rurales, où ils offrent une alternative aux défaillances de l’État. Une négociation, même partielle, pourrait permettre de désamorcer les tensions et de préparer le terrain pour un retour progressif de l’autorité malienne.

L’avenir incertain du Mali

Avec une médiane d’âge à 15 ans, le pays est à la croisée des chemins. L’éducation se raréfie, l’économie s’effondre, et l’eau comme la terre deviennent des enjeux de survie. Dans ce contexte, le gouvernement militaire reste le moindre mal aux yeux de nombreux Maliens. Tant que les alternatives — djihadistes ou élites corrompues — seront perçues comme pires, Assimi Goïta pourrait conserver le pouvoir, malgré l’absence de résultats tangibles.

Une chose est sûre : sans dialogue et sans solutions structurelles, le Mali reste prisonnier d’un cercle vicieux où l’instabilité nourrit l’instabilité.