Condamnation de Succès Masra : un an de détention politique au Tchad

Condamnation de Succès Masra : un an d’emprisonnement politique au Tchad

Il y a un an jour pour jour, les autorités tchadiennes procédait à l’arrestation de Succès Masra, figure majeure de l’opposition et ancien Premier ministre. Une incarcération qui, fondée sur des chefs d’accusation manifestement politiques, illustre l’intransigeance croissante du gouvernement envers toute forme de dissidence.

Les circonstances de son arrestation et les charges retenues

Le 16 mai 2025, aux premières heures de la journée, Succès Masra était interpellé à son domicile situé à N’Djamena. Son arrestation faisait suite aux violents affrontements intercommunautaires survenus deux jours plus tôt dans la région du Logone Occidental, lesquels avaient causé de nombreux décès. Dès sa libération conditionnelle, il avait exprimé son soutien aux familles des victimes via les réseaux sociaux, déclarant avec gravité : « la vie d’aucun Tchadien ne doit être considérée comme une donnée négligeable ».

Quelques mois plus tard, en août 2025, un tribunal tchadien le déclarait coupable de « diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe » ainsi que de « complicité de meurtre », lui infligeant une peine de 20 ans de détention. Succès Masra, qui clamait son innocence, avait été jugé en compagnie de dizaines d’autres accusés, la majorité d’entre eux écopant de la même condamnation. Des amendes substantielles avaient également été prononcées à l’encontre des prévenus.

Dès l’annonce du verdict, les avocats de Succès Masra déposaient un recours en appel, actuellement en cours d’examen.

Un climat politique de plus en plus répressif

Les tensions entre éleveurs et agriculteurs dans le sud du Tchad ne sont pas une nouveauté. Pourtant, l’incarcération de Succès Masra s’inscrit dans une dynamique plus large de restriction des libertés démocratiques. Avant le scrutin présidentiel de mai 2024, où il s’était présenté face à Mahamat Idriss Déby, alors président de transition, Succès Masra et ses partisans avaient été la cible de menaces et d’arrestations arbitraires. Pire encore, un opposant de premier plan avait été assassiné en amont du vote, sans que les autorités ne fassent aboutir la moindre enquête.

Après l’élection, Succès Masra dénonçait ouvertement des irrégularités dans le processus électoral.

La répression ne s’est pas limitée aux urnes. Les forces de l’ordre ont fait preuve d’une violence disproportionnée lors des manifestations de 2021 et 2022, causant de nombreuses victimes. Des centaines de personnes avaient été placées en détention sans motif valable, certaines subissant des traitements inhumains. Plus récemment, le 8 mai 2026, huit responsables de l’opposition étaient condamnés à huit ans de prison pour « rébellion » et « tentative d’insurrection », après avoir tenté d’organiser une marche pacifique interdite par les autorités.

Un an après son arrestation, l’appel de Succès Masra attend toujours une réponse de la Cour suprême tchadienne.

Le rôle crucial des acteurs régionaux

La Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) est appelée à jouer un rôle déterminant dans cette affaire. Jusqu’à présent, l’organisation n’a pas su garantir le respect des principes démocratiques au Tchad. Il est temps pour elle d’exercer une pression concrète sur les autorités tchadiennes afin qu’elles rétablissent les droits politiques et honorent les engagements pris, notamment dans le cadre de l’accord de Kinshasa. Cet accord visait à protéger les activités des partis d’opposition, y compris ceux menés par Succès Masra.