Ébola en rdc : une crise sanitaire qui s’aggrave dans l’est du pays
Ébola en RDC : une crise sanitaire qui s’aggrave dans l’est du pays
L’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la République démocratique du Congo (RDC) s’intensifie jour après jour. Selon les dernières estimations officielles, le virus a déjà emporté plus de 1 850 personnes pour environ 4 000 cas déclarés, avec un taux de mortalité dépassant les 40 %. Cette souche, le Bundibugyo, se propage à une vitesse inédite, rendant la situation particulièrement alarmante.
Deux mois et demi après son apparition officielle le 15 mai, cette épidémie est devenue la deuxième plus meurtrière de l’histoire, après celle qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016. Les spécialistes s’accordent à dire que la propagation actuelle est bien plus rapide que lors des précédentes flambées. Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, a reconnu publiquement fin juillet : « Je ne suis pas en mesure de vous dire que nous contrôlons totalement cette épidémie aujourd’hui. »
Un contexte sécuritaire explosif qui entrave la lutte contre le virus
La province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, est plongée dans une instabilité chronique. Les attaques répétées des ADF, un groupe armé en provenance d’Ouganda, ainsi que la présence de multiples milices locales, rendent toute intervention médicale extrêmement périlleuse. Ces violences ont forcé des millions de personnes à fuir leurs foyers, créant une crise humanitaire majeure.
Le Nord-Kivu, également touché par l’épidémie, échappe en grande partie au contrôle des autorités de Kinshasa. Une partie de cette province est sous l’emprise du M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda, depuis plus d’un an. Ces conflits prolongés aggravent les conditions de vie des populations, favorisant la propagation du virus en raison d’un accès limité aux soins et à l’hygiène.
La détection précoce des cas a également été compromise. Le manque de moyens logistiques et humains a retardé l’identification des premiers foyers infectieux, permettant au virus de circuler librement avant que des mesures ne soient mises en place.
Un traçage des contacts défaillant et des décès en communauté
Le suivi des personnes ayant été en contact avec des malades reste largement insuffisant. À Bunia, principal foyer de l’épidémie en Ituri, 90 % des patients admis en traitement n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute la province, seulement 59 % des contacts ont pu être tracés, alors que l’objectif était d’en atteindre 134 400. Actuellement, seuls 17 500 ont pu être identifiés, soit 13 % de l’objectif initial.
Un cinquième des personnes recensées ne bénéficient d’aucun suivi régulier, soit par manque de personnel médical, soit en raison des violences persistantes. Pire encore, 60 % des victimes sont décédées à domicile, sans avoir pu bénéficier de soins adaptés dans un centre spécialisé.
Des traitements et vaccins en phase d’essai
Face à l’urgence, des initiatives sont en cours pour tenter de freiner l’épidémie. Un essai clinique pour un vaccin contre la souche Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford. Le premier volontaire a reçu une dose, dans le cadre d’une étude visant à évaluer la sécurité du produit sur 50 adultes.
Par ailleurs, l’Africa CDC a annoncé vouloir administrer massivement le vaccin contre la souche Zaïre du virus Ebola. Bien que différent, ce vaccin pourrait offrir une protection partielle contre les symptômes graves. Plus de 40 patients participent également à un essai combinant plusieurs traitements.
Jean Kaseya a également évoqué l’utilisation du remdesivir, un antiviral déjà testé avec succès en Ouganda. Ce pays voisin a réussi à contenir une épidémie similaire en utilisant massivement ce médicament, réduisant significativement le taux de mortalité. « Si le taux de létalité en Ouganda est de 10 %, c’est principalement grâce à l’utilisation systématique du remdesivir », a-t-il souligné.
Une aide internationale tardive et insuffisante
L’intervention internationale a pris un retard critique. Début 2025, l’administration américaine avait suspendu les aides sanitaires et médicales allouées depuis des décennies à la RDC via l’USAID. Cette décision a affaibli considérablement la réponse sanitaire du pays face à l’épidémie.
Le 5 août, le département d’État américain a finalement débloqué une enveloppe de 242 millions de dollars, portant l’aide totale à 512 millions. Ce financement permettra enfin à l’OMS et à la CDC de déployer leur plan de réponse sur six mois, évalué à 518 millions de dollars. Pourtant, ce montant reste bien inférieur aux contributions américaines passées dans la lutte contre Ebola.
Les États-Unis restent le principal contributeur financier de cette crise, devant l’Union européenne. Malgré ces moyens enfin mobilisés, la situation reste critique, avec un risque réel de voir cette épidémie dépasser en ampleur celle d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, qui avait causé plus de 11 000 morts.