EFootball au Sénégal : l’essor d’une discipline en pleine révolution numérique

eFootball au Sénégal : l’essor d’une discipline en pleine révolution numérique

Sur les écrans de leurs smartphones, des dizaines de jeunes sénégalais s’entraînent avec une ferveur inégalée. Le jeu eFootball, développé par le studio japonais Konami, s’impose comme une véritable passion nationale, bien au-delà des terrains traditionnels. À Dakar, cette pratique numérique prend une ampleur spectaculaire, transformant des joueurs amateurs en athlètes virtuels prêts à conquérir les plus hauts niveaux de compétition.

Ibzo en pleine séance d'entraînement avec son équipe de eFootball à Dakar en juin 2026

Au cœur de cette dynamique se trouve Ibrahima Diop, plus connu sous le pseudonyme Ibzo. En mars 2026, il a mené l’équipe nationale sénégalaise jusqu’à la première place du classement africain, un exploit historique. Son objectif est clair : préparer les joueurs pour la Coupe du monde de eFootball, prévue en novembre à Riyad. « Les jeunes d’aujourd’hui ont soif de compétition et de reconnaissance », confie-t-il, tout en soulignant l’accessibilité de cette discipline. Contrairement aux consoles coûteuses, eFootball ne nécessite qu’un smartphone doté d’au moins 3 Go de RAM pour s’exprimer pleinement.

Des rêves de professionnalisation et une communauté soudée

Parmi les joueurs en lice, Mohamed, alias Medzo, 17 ans, venu de Saint-Louis, incarne cette génération déterminée. « Ce jeu permet de s’amuser tout en restant compétitif, explique-t-il. Ici, personne ne se laisse faire. On se fixe des défis permanents : tu ne me battras pas, c’est clair. Et le plus beau ? C’est accessible à tous. »

Pape Mouhamed Saloum Sow, étudiant en droit, partage cette vision : « Ce sport virtuel est devenu bien plus qu’un simple divertissement. Nous formons une vraie famille. Mon objectif ? Percer au plus haut niveau. » Les témoignages de ces athlètes numériques révèlent une ambition commune : vivre de cette passion.

Des défis persistants pour les joueurs sénégalais

Pourtant, cette ascension fulgurante se heurte à des obstacles majeurs. Le premier concerne TikTok, où les joueurs partagent analyses et conseils. « La plateforme ne permet toujours pas de monétiser les contenus en Afrique, à la différence de l’Europe ou des États-Unis », souligne un membre de l’équipe. Mais le défi le plus criant reste celui des serveurs.

« Nous subissons un désavantage technique énorme », révèle Ibzo. « En Afrique, il n’existe qu’un seul serveur pour eFootball, situé en Afrique du Sud. Résultat ? Des latences insupportables. Une passe envoyée met parfois deux minutes à arriver ! » Cette situation pénalise les Sénégalais face à des adversaires mieux lotis en infrastructures.

Des initiatives locales pour structurer l’e-sport

Pour pallier ces lacunes, Ibzo a fondé son propre club. Une aubaine pour les talents émergents. De plus, la Fédération sénégalaise des sports électroniques (Fesseda), créée en 2024, joue un rôle clé. Son président, El Hadji Mansour Jacques Sagna, détaille leur projet phare : « Nous avons lancé les e-navétanes, des compétitions locales ouvertes à tous les jeunes. »

Un autre projet ambitieux est en préparation : un centre d’analyse et de performance e-sport sera prochainement installé au stade Léopold-Sédar-Senghor. Ce lieu vise à professionnaliser la discipline et à offrir un accompagnement technique aux joueurs.

Avec des joueurs talentueux, une communauté soudée et des initiatives structurantes, l’e-sport sénégalais est en train de marquer l’histoire du sport africain. Les prochains mois s’annoncent décisifs pour cette discipline en pleine ébullition.