Gabon : l’ambition de réduire les inégalités territoriales
Libreville – Depuis plusieurs décennies, le développement du Gabon s’est heurté à un paradoxe : pays riche en ressources naturelles, doté d’une faible densité démographique et de capacités financières importantes, il a pourtant vu se creuser des écarts considérables entre ses grands centres urbains et de vastes zones rurales.
Dans certaines provinces, l’accès aux infrastructures de base, aux soins, à l’éducation ou aux opportunités économiques est longtemps resté en dessous des attentes des populations. C’est cette fracture territoriale que Brice Clotaire Oligui Nguema a décidé de placer au cœur de son projet politique.
Devant le Parlement réuni en Congrès, le président de la République a réaffirmé avec force une ambition qui dépasse la simple construction d’infrastructures. « Aucune localité ne sera laissée en rade », a-t-il déclaré. Derrière cette phrase se dessine une vision plus large : celle d’un Gabon où la géographie ne détermine plus les chances de réussite, où chaque territoire participe à la prospérité nationale et où l’État redevient présent sur l’ensemble du pays.
Réparer une fracture historique
L’enjeu est considérable. Pendant longtemps, les investissements publics se sont concentrés dans quelques pôles urbains, principalement Libreville et Port-Gentil. Cette centralisation a favorisé l’exode rural, accentué les déséquilibres régionaux et nourri un sentiment d’abandon dans plusieurs localités de l’intérieur.
Les conséquences de cette situation dépassent le simple confort des populations. Lorsqu’une province manque de routes praticables, d’hôpitaux fonctionnels, d’établissements scolaires adaptés ou d’infrastructures administratives, c’est tout son potentiel économique qui se trouve paralysé.
Les économistes du développement considèrent d’ailleurs que les inégalités territoriales figurent parmi les principaux freins à la croissance durable en Afrique. Sans infrastructures, il devient difficile d’attirer les investissements, de valoriser les ressources locales ou de créer des emplois pérennes.
C’est dans cette logique que s’inscrit la stratégie présidentielle. Les chantiers engagés à Cocobeach, Makokou, Oyem, Bifoun ou encore dans plusieurs quartiers de Libreville traduisent une volonté de rééquilibrage territorial rarement observée à cette échelle dans l’histoire récente du pays.
Construire l’économie de proximité
La portée de cette politique ne se mesure pas uniquement en kilomètres de routes ou en nombre de bâtiments construits. Elle repose sur une conviction économique forte : le développement national ne peut plus être concentré autour de quelques centres de décision.
Chaque nouvelle infrastructure est pensée comme un catalyseur d’activités. Une route désenclave les producteurs agricoles. Un centre hospitalier améliore l’attractivité d’une ville. Une université retient les talents locaux. Un programme de logements stimule le secteur du bâtiment. Derrière chaque réalisation se cache une chaîne d’effets économiques susceptibles de transformer durablement les territoires.
Cette approche rejoint les grandes tendances internationales. Des pays comme le Maroc, le Rwanda ou encore le Sénégal ont démontré qu’une politique active de développement territorial pouvait accélérer la croissance tout en réduisant les tensions sociales.
Pour le Gabon, cette stratégie pourrait également permettre l’émergence de nouveaux pôles économiques régionaux capables de compléter le rôle historique joué par Libreville et Port-Gentil.
Un nouveau contrat entre l’État et les citoyens
Au-delà de l’économie, cette politique porte une dimension profondément politique. Elle vise à restaurer le lien entre l’État et les populations.
Dans de nombreuses régions, les tournées présidentielles et les missions de suivi des projets ont permis de remettre les préoccupations locales au centre de l’action publique. Cette méthode rompt avec une gouvernance souvent perçue comme distante des réalités du terrain.
Mais le véritable défi commence maintenant. Car les attentes sont immenses. Les populations ne jugeront pas cette ambition à travers les discours, mais à travers les résultats visibles dans leur quotidien : routes livrées dans les délais, hôpitaux opérationnels, établissements scolaires fonctionnels, accès à l’eau et à l’électricité. C’est sur ce terrain concret que se jouera la crédibilité de la promesse présidentielle.
La formule « aucune localité ne sera laissée en rade » engage bien davantage qu’un programme d’investissements. Elle engage une conception de la République : une République qui refuse que certains territoires demeurent à l’écart du progrès national.
Si cette vision se traduit durablement dans les faits, elle pourrait constituer l’une des transformations les plus profondes du Gabon nouveau. Car les nations les plus solides ne sont pas celles qui développent quelques villes, mais celles qui parviennent à faire de chaque territoire un acteur de leur destin collectif. Le véritable pari d’Oligui Nguema est là : transformer l’équité territoriale en moteur de cohésion nationale et de prospérité partagée.