Jeunesse Camerounaise et corruption : un débat qui divise
Jeunesse camerounaise et corruption : quand les propos de Richard Bona enflamment les réseaux
Le Cameroun fait face à un fléau persistant : la corruption. Un phénomène qui touche tous les secteurs, des forces de l’ordre aux services publics, et qui s’infiltre même dans les esprits de la jeunesse. Réputé pour son franc-parler, le bassiste et chanteur Richard Bona, exilé en Europe, a récemment livré une analyse sans concession lors d’un entretien. Ses mots ont suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux et dans les rues de Yaoundé.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Selon les dernières données d’Afrobaromètre, publiées en mars, plus de la moitié des Camerounais reconnaissent avoir déjà versé des pots-de-vin pour éviter des ennuis avec les forces de l’ordre. Près de 50 % avouent avoir corrompu un agent public pour obtenir des papiers d’identité, tandis que 37 % ont dû payer pour accéder à des soins médicaux. Des pratiques qui illustrent l’ampleur du phénomène.
Richard Bona, installé à l’étranger, n’a pas mâché ses mots lors de son intervention. « La jeunesse camerounaise est une jeunesse corrompue. Elle a été élevée dans cette logique. À quelques exceptions près, c’est une jeunesse qui attend des miettes. Et je ne suis même pas sûr que le Cameroun puisse s’en sortir », a-t-il déclaré. Ses propos ont immédiatement suscité des réactions vives sur les plateformes numériques.
Des réactions contrastées sur les réseaux et dans les rues
Sur les réseaux sociaux, les Camerounais ont fait part de leurs désaccords. Certains internautes ont partagé leur désarroi face à la réalité du terrain : « Les jeunes savent que le policier qui les arrête ne cherche pas à les protéger, mais à soutirer 500 francs ». D’autres ont nuancé ces propos en soulignant que si la corruption existe, elle ne doit pas être généralisée à toute une génération.
Dans la capitale, Yaoundé, des passants ont également réagi. « Oui, il y a des jeunes corrompus, mais la majorité subit cette corruption au quotidien », a confié un habitant. Un autre a ajouté : « Condamner toute une jeunesse à cause de quelques dérives, c’est injuste. Le Cameroun avance grâce à ses jeunes, qui se battent avec dignité ».
Un pays en queue de peloton face à la corruption
Le Cameroun occupe une place peu enviable dans le classement mondial de la corruption. Selon Transparency International, le pays se classe 142e sur 182 nations en 2025. Un constat accablant qui reflète la persistance des détournements de fonds publics. Dans son rapport 2024, la Commission nationale anti-corruption (Conac) a tiré la sonnette d’alarme : « Le Cameroun reste sous l’emprise de la corruption. Des milliards de francs CFA sont détournés chaque année ».
Un fonctionnaire camerounais, sous couvert d’anonymat, a partagé son analyse : « Beaucoup de jeunes ne distinguent plus le bien du mal. Ils baignent dans cette culture de la corruption sans même s’en rendre compte ». Pourtant, tous ne partagent pas cet avis. Certains estiment que généraliser à toute une jeunesse serait une erreur.
« Il existe une jeunesse combative, qui se bat avec intégrité et qui fait rêver. Le Cameroun bouge grâce à elle. Si tous étaient corrompus, le pays serait paralysé », a souligné un citoyen.
La jeunesse, victime ou complice de la corruption ?
Maître Akere Muna, ancien vice-président de Transparency International et fondateur de l’antenne camerounaise, apporte un éclairage nuancé. Pour lui, la jeunesse est à la fois « victime et complice tacite » de ce système. « La corruption est systémique. Les jeunes ne gèrent rien, ils subissent. Ils doivent survivre dans un environnement où le népotisme et le tribalisme priment sur la compétence. Leur avenir est hypothéqué, et ils le savent », explique-t-il.
Il ajoute : « Pendant quarante ans, la règle du jeu a été : il ne suffit pas de travailler dur, il faut connaître les bons réseaux. Les jeunes ont appris vite. Aujourd’hui, ils dénoncent ce système, mais certains n’ont pas le choix que de s’y adapter pour avancer ».
Pour inverser la tendance, Akere Muna plaide pour une éducation citoyenne qui rappelle que « le travail paie, mais que la paresse mène à l’échec ». Il appelle à une mobilisation collective contre ce fléau.
La Conac, de son côté, invite l’ensemble des acteurs publics et privés à signaler tout acte de corruption via sa ligne verte, le 1517.