Karpowership booste l’électricité du Gabon avec 150 MW injectés dans le réseau
Avec ses centrales électriques flottantes amarrées au large de Libreville et de Port-Gentil, le groupe Karpowership s’impose désormais comme un acteur incontournable du paysage énergétique gabonais. Son directeur pays, Evans Damada, révèle que ces powerships, déployés en un temps record, injectent désormais 150 mégawatts dans le réseau national. Cette contribution représente près d’un quart de la capacité électrique totale du pays, un chiffre qui souligne à la fois l’importance cruciale de cette solution et les lacunes persistantes du système gabonais.
Une solution d’urgence qui comble un vide énergétique
L’arrivée rapide de Karpowership sur le sol gabonais répond à une crise récurrente de délestages, touchant aussi bien les foyers que les zones industrielles. Le groupe turc, expert en centrales mobiles, a su tirer parti de sa flexibilité : ses navires-centrales, remorquables et raccordables en quelques semaines, offrent une réponse immédiate là où les centrales terrestres nécessitent des années de développement. Une performance qui a séduit d’autres nations africaines, comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou encore la Guinée-Bissau.
Le modèle économique repose sur des contrats pluriannuels, souvent libellés en dollars, avec une tarification indexée sur le kilowattheure produit. Une formule qui, bien que pratique, soulève des questions budgétaires dans plusieurs pays, en raison de sa dépendance aux fluctuations des prix des hydrocarbures.
Entre urgence et souveraineté énergétique
Pour la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), ces 150 MW représentent un soulagement immédiat. Le pays, dont la production électrique dépend d’un mix hybride (hydroélectricité, gaz naturel et fioul), peine à suivre une demande en constante augmentation, tirée par l’urbanisation et les projets miniers. Mais cette dépendance envers un seul fournisseur étranger pose un défi stratégique : Karpowership détient désormais près de 25 % de la capacité disponible, un poids qui interroge sur l’équilibre des négociations futures.
Depuis le changement de régime d’août 2023, les autorités gabonaises ont fait de la relance des infrastructures une priorité. Elles doivent désormais concilier urgence opérationnelle et ambition de long terme, notamment en valorisant les ressources gazières nationales pour renforcer la souveraineté énergétique du pays.
Un rôle temporaire avant l’émergence de nouvelles capacités
Evans Damada insiste sur le caractère transitoire de l’intervention de son groupe. Les powerships comblent actuellement un écart crucial entre la demande immédiate et la mise en service progressive de nouvelles infrastructures locales. Plusieurs projets sont en cours, comme le barrage de Kinguélé Aval (développé par Meridiam et Gabon Power Company) ou les centrales à gaz alimentées par les champs offshore. Leur achèvement devrait réduire progressivement la part des centrales flottantes dans le mix énergétique gabonais.
Dans l’intervalle, ces navires-centrales assurent une alimentation stable, couvrant à la fois la capitale et les zones industrielles de l’Estuaire. Leur maintenance, assurée par des équipes binationales, s’accompagne d’un programme de formation local, bien que son ampleur reste limitée au regard des attentes des autorités gabonaises.
À court terme, la question n’est plus de savoir si le Gabon peut se passer de Karpowership, mais comment le pays parviendra à rééquilibrer son mix électrique. Les prochaines étapes incluront des négociations tarifaires, la redéfinition des durées de contrat et l’intégration progressive du gaz national. D’après les informations disponibles, l’opérateur turc envisage de rester un partenaire durable du secteur énergétique gabonais.