Khalifa Sall défend la transparence des déclarations de patrimoine au Sénégal

Le débat sur la déclaration de patrimoine revient en force au Sénégal, porté cette fois par une voix influente : celle de Khalifa Sall. L’ancien maire de Dakar et leader du mouvement Taxawu Sénégal a pris position publiquement en faveur de la publication des déclarations des dirigeants publics. Une initiative qui s’inscrit dans un contexte politique marqué par les promesses de transparence des nouvelles autorités issues du scrutin présidentiel de mars 2024.

Khalifa Sall milite pour une transparence patrimoniale renforcée

Pour Khalifa Sall, rendre publiques les déclarations de patrimoine des hauts responsables n’est pas qu’une simple formalité administrative. Il y voit un outil essentiel pour restaurer la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants. Selon lui, cette mesure permettrait non seulement de lutter contre les soupçons d’enrichissement illicite qui pèsent souvent sur la classe politique, mais aussi de donner un signal fort en matière de bonne gouvernance. L’ancien édile de Dakar, connu pour son opposition historique au régime précédent, se positionne ainsi sur le terrain de la responsabilité, tout en évitant de paraître en décalage avec les attentes populaires.

Un dispositif légal existant, mais sous-exploité

Le Sénégal dispose déjà d’un cadre juridique en matière de déclaration de patrimoine depuis la loi de 2014. Celle-ci impose aux principaux responsables de l’État, y compris le président de la République, de déposer leur déclaration auprès de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). Cependant, ces documents restent aujourd’hui confidentiels et inaccessibles au public. Le débat actuel interroge donc moins leur existence que leur accessibilité, condition indispensable pour un contrôle citoyen efficace.

Plusieurs acteurs, tant dans la société civile que dans le milieu politique, appellent désormais à un changement de paradigme. Ils s’inspirent de modèles étrangers, notamment européens ou latino-américains, où la publication des déclarations patrimoniales est la norme. La question n’est plus tant de savoir si ces documents doivent exister, mais bien s’ils doivent être rendus publics.

Un enjeu politique qui dépasse le cas Khalifa Sall

La position adoptée par chaque acteur politique sur ce sujet devient un véritable marqueur. Le président Bassirou Diomaye Faye a marqué les esprits en rendant publique sa propre déclaration de patrimoine dès son investiture en avril 2024. Un geste salué comme une rupture avec les pratiques opaques du passé. Depuis, la pression s’exerce sur les autres responsables, qu’ils soient ministres, députés ou dirigeants d’institutions publiques, pour qu’ils emboîtent le pas.

L’adhésion de figures d’opposition comme Khalifa Sall à cette exigence de transparence pourrait redessiner les équilibres politiques. En affichant son soutien à ce principe, l’ancien maire de Dakar se place dans une posture de responsabilité, tout en conservant une liberté critique sur la manière dont le pouvoir met en œuvre cette politique. Une stratégie typique d’un opposant expérimenté, qui refuse de se laisser cantonner à un rôle de simple contestataire.

L’avenir de cette initiative dépendra désormais du calendrier législatif. Une réforme de la loi de 2014 ou l’adoption d’un nouveau texte imposant la publicité des déclarations nécessitera un consensus au Parlement. La majorité pastefienne, renforcée par les législatives anticipées de novembre 2024, semble en mesure de porter ce projet. Reste à savoir jusqu’où le pouvoir sera prêt à aller dans cette logique, et dans quelle mesure les autres formations politiques accepteront de s’engager dans cette voie.