La Mauritanie au cœur des enjeux mondiaux de la pêche : entre influences et réalités locales

Les côtes de la Mauritanie, s’étendant sur plus de 750 kilomètres, représentent aujourd’hui bien plus qu’une simple ressource naturelle. Elles sont devenues le centre d’une véritable compétition entre puissances mondiales. Ce secteur vital, qui génère environ 10 % du PIB national et près de 40 % des revenus d’exportation, illustre parfaitement les dynamiques de la coopération africaine et les tensions de l’Afrique subsaharienne actualité.

Grâce à sa Zone Économique Exclusive (ZEE) particulièrement poissonneuse, ce pays sahélien attire les investisseurs étrangers pour compenser l’aridité de ses terres. Entre 2013 et 2019, l’outil industriel a connu une croissance fulgurante, doublant le nombre d’usines de transformation. Cependant, cette ouverture économique place le pays au milieu d’un affrontement entre l’Europe, la Chine et la Russie.

Le duel d’influence entre l’Europe et la Chine

L’Union européenne, avec l’Espagne et la France en première ligne, s’appuie sur une présence historique. Depuis 1987, des accords encadrent les prélèvements halieutiques en échange de redevances annuelles s’élevant à des dizaines de millions d’euros. La stratégie européenne mise sur l’image d’une gestion durable et le soutien aux peuples africains via des aides au développement massives, touchant la santé et l’éducation dans le cadre de l’accord de Cotonou.

Face à cela, la Chine a massivement investi ces quinze dernières années. Avec une flotte dépassant les 200 navires et de nombreuses usines côtières, Pékin privilégie une approche basée sur les infrastructures lourdes. Cependant, cette expansion ne va pas sans heurts. Des promesses d’investissements non tenues par certaines entreprises et des critiques sur le non-respect des quotas ont parfois terni l’image chinoise. Pour y remédier, Xi Jinping a récemment renforcé les liens diplomatiques en intégrant la Mauritanie dans le projet des Nouvelles routes de la soie.

La montée en puissance stratégique de la Russie

Longtemps restée en retrait, la Russie accélère son implantation. La déstabilisation des circuits d’approvisionnement en céréales suite au conflit en Ukraine a servi de catalyseur à Moscou pour proposer des partenariats globaux incluant la sécurité, l’énergie et l’agriculture. Dans le domaine maritime, la Russie absorbe désormais près de 19 % des exportations mauritaniennes, se concentrant sur les produits surgelés.

Cette orientation s’aligne avec la volonté de Nouakchott de diversifier ses débouchés. Le gouvernement mauritanien souhaite en effet réduire la part de la farine de poisson au profit du surgelé, un segment où il aspire à devenir un leader continental. Cette mutation économique favorise l’ancrage russe dans la région.

Les défis pour les populations et l’information africaine

Cette bataille pour le contrôle économique s’accompagne d’une guerre de l’information africaine où chaque puissance tente de valoriser son modèle. L’Europe prône les droits de l’homme, la Chine la croissance par l’infrastructure, et la Russie la sécurité et l’autonomie vis-à-vis de l’Occident.

Pourtant, les retombées sont contrastées pour les populations locales. Si les habitants des terres bénéficient parfois des projets de développement, les pêcheurs artisanaux de la côte subissent de plein fouet la concurrence de la pêche industrielle. La surpêche menace les stocks et ravive les tensions régionales, notamment avec le Sénégal voisin. En définitive, pour Africa Solidaire, l’enjeu reste de transformer cette richesse en un levier de progrès réel pour tous les Mauritaniens, sans laisser les divisions ethniques ou sociales s’approfondir sous la pression des intérêts étrangers.