La présence des femmes au pouvoir au Bénin : entre avancées et défis persistants

une première historique pour le Bénin

Avec la nomination de la capitaine Elvire Toupé comme aide de camp du président béninois Romuald Wadagni, le Bénin franchit une étape symbolique. Ce choix intervient lors de la première réunion du Conseil des ministres, tenue le 28 mai dernier, marquant ainsi une première pour une femme béninoise dans cette fonction depuis l’indépendance du pays, le 1er août 1960. Elvire Toupé, officier de la Garde républicaine jusqu’à sa désignation, incarne désormais un modèle pour les jeunes générations.

Bénin Cotonou 2026 | Monument dédié aux Amazones du Dahomey

des figures féminines qui inspirent

Pour Régis Hounkpè, spécialiste de géopolitique et directeur d’InterGlobe Conseils, cette nomination est un pas important vers une meilleure représentation des femmes dans les sphères de décision. « Les Amazones, ces guerrières légendaires du Dahomey, incarnent le courage et la détermination. Aujourd’hui, des femmes comme la capitaine Elvire Toupé deviennent des références pour les jeunes filles béninoises, dans l’imaginaire comme dans la réalité. Leur rôle dans la communauté et dans les cercles de décision est essentiel », souligne-t-il.

La journaliste Wuldath Moussa Mama partage cette analyse. Elle y voit un hommage aux Agodjié, ce régiment militaire historique du Dahomey, souvent comparé aux mythiques Amazones. « Cette nomination rappelle leur héritage militaire aux côtés des souverains du Dahomey. S’agit-il d’une exception ou d’un signal fort pour encourager les femmes à prendre davantage de place dans la vie publique ? Peut-être cette décision ouvre-t-elle une porte vers plus d’inclusivité », s’interroge-t-elle.

une représentation encore limitée dans les institutions

Malgré cette avancée, la présence des femmes au sein des institutions politiques béninoises reste en deçà des attentes. Le premier gouvernement de Romuald Wadagni compte six femmes sur l’ensemble des ministres, tandis que le gouvernement précédent, dirigé par Patrice Talon, n’en comptait que cinq sur 23 membres.

Le rôle de la vice-présidente Mariam Chabi Talata Zimé Yérima, en poste depuis 2021, est également questionné. Si sa présence est un symbole fort, son influence réelle dans les décisions politiques semble limitée par un rôle avant tout protocolaire, défini par la Constitution.

À l’Assemblée nationale, la situation n’est guère plus encourageante. Lors de la dixième législature, mise en place en février 2026, seulement 28 femmes siègent parmi les 109 députés, soit 25,7 % des sièges. Ce chiffre est identique à celui de la législature précédente. Pourtant, le code électoral béninois impose un quota obligatoire : une femme par circonscription électorale. Résultat, 24 d’entre elles ont été élues grâce à ce mécanisme, tandis que quatre autres ont réussi à se faire élire en dehors de ce cadre.

Pour Wuldath Moussa Mama, le problème réside aussi dans l’engagement des partis politiques : « Le manque de représentation féminine est un reflet des lacunes dans la formation au militantisme et de la place accordée aux femmes au sein de ces structures. Il reste un long chemin à parcourir pour une réelle inclusivité ».