La Russie renforce son emprise stratégique au Sahel avec l’AES

Une coopération militaire en plein essor entre Moscou et l’Alliance des États du Sahel

La Russie accélère son ancrage militaire dans la région du Sahel en renforçant ses liens avec l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Cette dynamique s’est concrétisée lors d’une rencontre récente à Niamey, où le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a évoqué avec les représentants de l’AES un renforcement des échanges en matière de défense. L’objectif affiché ? Soutenir ces trois nations dans leur lutte contre les groupes extrémistes et les menaces sécuritaires qui pèsent sur leur stabilité.

Cette collaboration s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou pour étendre son influence en Afrique subsaharienne, alors que les relations entre le Sahel et les partenaires occidentaux, notamment la France, se sont significativement distendues ces dernières années.

Rencontre diplomatique entre la Russie et l'AES à Niamey

L’AES : une alliance née de la quête d’autonomie sécuritaire

Fondée en septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’Alliance des États du Sahel a été initialement conçue comme un traité de défense mutuelle avant d’évoluer vers une structure intégrant des dimensions politiques, économiques et militaires. En début d’année 2025, ces trois pays ont franchi une nouvelle étape en quittant la CEDEAO et en lançant un projet ambitieux : la création d’une force militaire conjointe estimée à 5 000 soldats. Cette unité vise à unifier les efforts régionaux contre le terrorisme et à sécuriser les frontières communes.

Dans ce contexte, la Russie a renforcé sa présence militaire au Sahel en mettant en place le Corps d’armée russe en Afrique. Cette nouvelle force, directement pilotée par le ministère russe de la Défense, remplace progressivement l’ancienne structure de la société militaire privée Wagner, autrefois active dans plusieurs pays africains.

Des défis persistants malgré un soutien militaire accru

Si l’aide russe en matière de sécurité peut apporter des solutions immédiates face aux groupes armés, les experts soulignent ses limites pour résoudre les causes profondes de l’instabilité au Sahel. Parmi ces défis structurels figurent la mauvaise gouvernance, la précarité économique, les conséquences du changement climatique et les conflits pour l’accès aux ressources. Ces facteurs, couplés à la prolifération des groupes extrémistes, continuent de fragiliser la région, malgré les investissements sécuritaires consentis.

L’expansion de l’influence russe dans cette zone s’accompagne donc d’opportunités, mais aussi de questionnements sur la durabilité des solutions proposées et leur impact à long terme sur la stabilité des peuples africains.