La troisième candidature de Félix Tshisekedi en question en RDC
Le président Félix Tshisekedi face à la tentation d’un troisième mandat en République démocratique du Congo
Depuis quelques semaines, la question d’un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi en République démocratique du Congo divise profondément la classe politique et la société civile. Une loi organisant un référendum constitutionnel a été validée par la Cour constitutionnelle, ouvrant la voie à une possible modification des règles en vigueur.
Selon la loi actuelle, la Constitution congolaise de 2006 interdit toute révision du nombre ou de la durée des mandats présidentiels. Pourtant, les partisans d’un éventuel changement soutiennent que cette réforme vise à moderniser les institutions, tandis que ses détracteurs y voient une manœuvre pour permettre à Félix Tshisekedi de rester au pouvoir au-delà de 2028.
Une opposition unie contre toute modification constitutionnelle
L’opposition congolaise, souvent fragmentée, s’est ralliée autour d’un front commun : bloquer toute tentative de modification de la Constitution. Les acteurs politiques redoutent que cette réforme ne serve de prétexte à un remise à zéro des mandats, permettant ainsi au président de se représenter une nouvelle fois. Une perspective inacceptable pour une grande partie de la classe politique, qui rappelle que Félix Tshisekedi a déjà effectué deux mandats depuis son élection en 2019.
Les dirigeants de l’opposition multiplient les déclarations fermes. Ils insistent sur le fait qu’aucune urgence ne justifie un tel bouleversement institutionnel. Leur mobilisation s’intensifie, avec des appels à la résistance pacifique et à la défense des principes démocratiques.
L’Église catholique congolaise en première ligne
L’influence de l’Église catholique en RDC n’est plus à démontrer. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui regroupe les évêques du pays, a pris position sans ambiguïté contre toute modification de la Constitution. Dans un communiqué récent, les prélats ont souligné l’absence de nécessité, d’urgence ou d’opportunité pour une telle réforme.
Cette prise de position rappelle les événements de 2018, lorsque l’Église avait joué un rôle clé dans la contestation contre Joseph Kabila, alors président sortant, qui souhaitait se maintenir au pouvoir malgré les limites constitutionnelles. Sous la pression des manifestations populaires et de la communauté internationale, Kabila avait finalement renoncé à briguer un troisième mandat. Les observateurs notent que l’Église congolaise semble déterminée à jouer un rôle similaire en 2026.
Vers un dialogue national sous haute tension
Face à cette crise politique, Félix Tshisekedi a proposé l’organisation d’un dialogue national, dont les contours restent flous. Les confessions religieuses ont été chargées de faciliter ce processus, mais les attentes diffèrent radicalement entre le gouvernement et l’opposition.
Le gouvernement affiche sa priorité : renforcer la cohésion nationale face aux défis sécuritaires, notamment les tensions avec le Rwanda. De son côté, l’opposition insiste pour que la question de la Constitution soit au cœur des discussions. Cependant, les craintes persistent quant à la neutralité de ce dialogue, certains y voyant une manœuvre pour affaiblir l’opposition en lui proposant une participation dans un gouvernement déjà dominé par le camp présidentiel.
Dans ce contexte, la balle est désormais dans le camp de Félix Tshisekedi. Promulquera-t-il la loi référendaire ? Acceptera-t-il de renoncer à toute velléité de troisième mandat, comme il l’a suggéré en mai dernier ? Ou bien l’histoire se répétera-t-elle, avec une nouvelle crise politique et sociale au cœur de l’Afrique centrale ?