Mali : vers une négociation avec le groupe jihadiste jnim selon un député français

Un appel inattendu à la négociation avec le JNIM au Mali

La position de la France concernant l’instabilité persistante au Mali se précise, portée notamment par les déclarations de Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Ce dernier, proche d’Emmanuel Macron, a récemment partagé une analyse audacieuse : il faudrait envisager des discussions avec le JNIM, groupe armé affilié à al-Qaida, pour trouver une issue à la crise malienne.

Lors d’un entretien marqué par des contradictions apparentes, Bruno Fuchs a évoqué la possibilité de renouer avec une coopération avec Bamako, tout en reconnaissant les défis posés par la montée en puissance des acteurs jihadistes et des mouvements rebelles. Son discours, mêlant réalisme et optimisme, soulève des questions sur la stratégie future de Paris dans la région.

Une vision en tension avec la réalité malienne

Bruno Fuchs a défendu l’idée que le départ des partenaires internationaux, notamment la France, avait été un choix « contre-productif » pour le Mali. Selon lui, la junte au pouvoir à Bamako vivrait ses derniers jours, affaiblie par les pressions du Front de Libération de l’Azawad (FLA) et du JNIM. Une affirmation qui contraste avec la résilience affichée par les autorités maliennes depuis plusieurs années.

Le député a ensuite dressé un tableau contrasté des options qui s’offriraient aux Maliens : entre l’instauration d’un régime inspiré par les groupes jihadistes ou la restauration d’un système démocratique. Une vision jugée simpliste par de nombreux observateurs, alors que le pays subit depuis plus d’une décennie les conséquences d’un conflit complexe.

Intégrer le JNIM : une proposition controversée

Comment inclure le JNIM dans un processus politique ? Cette question, posée par Bruno Fuchs, révèle une approche inédite de la part d’un responsable français. Selon lui, le groupe pourrait accepter de déposer les armes en échange d’une participation à la vie politique, sans chercher à prendre le pouvoir. Une hypothèse qui interroge, alors que le JNIM a été responsable de la mort de dizaines de soldats français dans la région.

Le scénario envisagé par Bruno Fuchs inclut une transition de trois à six mois, menée par un militaire de la Transition, avant des élections. Cependant, le calendrier proposé semble irréaliste, surtout dans un contexte où les groupes armés gagnent du terrain. Le député a également évoqué la possibilité d’un État fédéral, inspiré du modèle nigérian, où certaines régions appliqueraient la charia tandis que d’autres resteraient laïques. Une proposition qui laisse perplexe, compte tenu de l’unité territoriale du Mali et de la diversité de ses communautés.

Le spectre de l’Afghanistan plane sur le Sahel

Bruno Fuchs a évoqué un « schéma ultime » : un effondrement total du Mali vers un scénario à l’afghane, avec des répercussions régionales. Une perspective qu’il juge « compliquée », notamment pour les pays voisins comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo. Cependant, il n’a pas précisé comment éviter cette issue ni quelles mesures concrètes pourraient être mises en place.

Autre révélation surprenante : selon Bruno Fuchs, les Russes seraient en train de négocier leur départ du Mali. Une affirmation qui reste à confirmer, alors que Moscou maintient une présence militaire significative dans le pays. Le député a également souligné que les Russes souhaiteraient conserver leurs actifs, notamment les mines d’or, avant de quitter le territoire. Une position qui interroge sur la légitimité de leurs revendications économiques dans une région en proie à l’instabilité.

Une diplomatie française tiraillée entre héritage colonial et pragmatisme

Bruno Fuchs a reconnu que la France devait tourner la page de la « Françafrique » et de son passé colonial, tout en défendant une vision où Paris resterait un acteur clé dans la région. Il a cité l’exemple de la Centrafrique, où les relations avec le président Faustin-Archange Touadéra ont été normalisées malgré la présence russe. Une approche qui semble contradictoire, alors que les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel sont souvent perçus comme des adversaires par la France.

En conclusion, les déclarations de Bruno Fuchs ouvrent un débat crucial sur l’avenir du Mali et la stratégie française en Afrique subsaharienne. Entre négociation avec des groupes jihadistes et recherche d’un équilibre régional, la France semble en quête d’une nouvelle feuille de route pour un pays en pleine mutation géopolitique.