Maliens en Mauritanie : entre espoir de retour et peur d’un nouveau départ
Des réfugiés maliens près d’un point d’eau dans un campement de fortune à Doueinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, fin avril 2026.

« Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous rentrerons chez nous. » À Fassala, en Mauritanie, Mosso*, un réfugié touareg de 57 ans, exprime cet espoir fragile alors que les combats s’intensifient au Mali. Les offensives menées fin avril par le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, lié à Al-Qaïda) ont infligé un revers majeur à la junte malienne, au pouvoir depuis 2020. Parmi les victimes, le ministre malien de la Défense a trouvé la mort.

Dans cette région frontalière, les souvenirs des exactions commises par les paramilitaires russes – autrefois appelés « Wagner » – restent vifs. Ces groupes, désormais intégrés sous l’appellation Africa Corps, soutiennent l’armée malienne dans sa lutte contre les groupes armés. Depuis le retrait des forces françaises, leur présence s’est renforcée, suscitant la colère des populations locales.

Des témoignages marqués par la violence

Sous une tente de fortune, Mosso raconte son calvaire : « C’est Goïta qui a fait venir Wagner au Mali. » Il évoque l’enlèvement d’hommes de son campement par des hommes blancs, puis la mort de son frère, tué sous ses yeux par des paramilitaires russes, il y a un an. Son fils, alors âgé de 14 ans, a assisté à la scène. « Je rêve de la chute de Goïta. Sans lui, ces criminels n’auraient jamais mis les pieds dans notre pays », déclare-t-il, la voix tremblante.

Les exactions ne se limitent pas aux mercenaires. Les civils maliens, accusés de collusion avec l’ennemi, subissent régulièrement des représailles de la part de l’armée, de ses alliés russes ou des groupes jihadistes. En avril, trois organisations de défense des droits humains, dont la FIDH, ont saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour dénoncer ces violations.

Un espoir fragile, une situation humanitaire tendue

Les images d’un convoi russe quittant Kidal, une ville stratégique reprise par les rebelles touaregs, ont semé un début d’optimisme parmi les réfugiés. Environ 300 000 Maliens ont trouvé refuge en Mauritanie depuis 2012, principalement dans la région du Hodh Chargui. Parmi eux, 120 000 vivent dans le camp de Mbera, où les tensions s’exacerbent.

Ahmed*, 35 ans, est l’un d’eux. « Je veux rentrer chez moi, mais pas tant que Wagner sera là », confie ce Touareg originaire de la région de Mopti. Il accuse la junte d’avoir « tout détruit » et dénonce l’amalgame fait par l’armée et ses supplétifs entre civils et jihadistes. « Sans ces mercenaires, nous n’en serions pas là », ajoute-t-il avec amertume.

Abdallah*, 77 ans, réfugié depuis des années, exprime une inquiétude plus profonde. « Je ne me réjouis pas de la prise de Kidal par le FLA. Leur alliance avec le Jnim est une erreur. Ces derniers sont des terroristes, pas des modérés. » Pour lui, la paix ne reviendra que si les groupes armés déposent les armes.

Les blocus imposés par le Jnim depuis octobre ont déjà provoqué l’arrivée de près de 14 000 nouveaux réfugiés, majoritairement des femmes et des enfants. Une situation qui alourdit encore la pression sur les ressources déjà limitées de la région.

Mauritanie : entre stabilité et défis humanitaires

La Mauritanie, souvent citée pour sa stabilité dans un Sahel en proie aux violences jihadistes, accueille désormais plus de 300 000 Maliens. Cette présence massive crée des tensions sur les pâturages, les points d’eau et les services de base, comme l’a souligné Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala. « Nous suivons la situation avec une inquiétude grandissante », déclare un porte-parole du HCR en Mauritanie.

Tilleli*, 22 ans, mère d’un bébé d’un an, a fui son village de Mopti il y a un mois après des pillages et des incendies perpétrés par l’armée et les paramilitaires russes. « Je ne rentrerai que si les Wagner quittent le Mali. Sinon, je n’ai aucun espoir de paix », murmure-t-elle, serrant son enfant contre elle.

Alors que le FLA annonce vouloir conquérir les grandes villes du nord du Mali et renverser la junte, la situation reste plus incertaine que jamais. Entre l’espoir d’un retour au pays et la peur d’un nouvel exode, les réfugiés maliens en Mauritanie naviguent dans un quotidien fait d’incertitudes et de souffrances.