Mariama Sonko, la battante qui libère les femmes rurales au Sénégal

Dans le village de Niaguis, niché en Casamance, une femme s’illustre par son engagement sans faille en faveur de l’émancipation féminine par l’agriculture et l’agroécologie. Mariama Sonko, fille de paysanne, préside depuis plus de trois décennies le mouvement panafricain Nous sommes la solution, qui fédère plus de 800 associations réparties dans huit pays d’Afrique de l’Ouest.

Mariama Sonko lors du lancement du mouvement Nous sommes la solution au Togo en juillet 2026. Elle milite pour l'autonomie financière des femmes via l'agriculture et l'agroécologie.

Pour cette militante de 59 ans, la souveraineté alimentaire africaine passe inévitablement par le renforcement des femmes rurales et leur savoir-faire ancestral. Elle alerte sur les dangers de la dépendance aux semences industrielles contrôlées par les multinationales. « Sans organisation ni engagement collectif, nous risquons de devenir des étrangères dans nos propres pays », déclare-t-elle avec conviction. « Notre combat vise à restaurer ce capital semencier essentiel pour la survie et l’indépendance alimentaire du continent. »

Un parcours marqué par l’injustice et la résilience

Fille et petite-fille de paysans, Mariama Sonko a grandi avec une profonde injustice en tête : celle de voir les femmes, bien que légalement autorisées à posséder des terres, en être systématiquement privées dans les faits. « La pression exercée sur les femmes dès mon enfance m’a profondément révoltée », confie-t-elle. Son engagement s’est forgé dans cette indignation.

À 19 ans, elle subit un nouveau coup du sort : le décès de son père. Sa mère, contrainte de subvenir aux besoins de dix enfants, peine à nourrir sa famille. « J’ai dû interrompre mes études en première pour me marier », explique Mariama. « Mes oncles voulaient m’enfermer dans le rôle traditionnel de la femme au foyer. Mais rien ne m’a jamais fait renoncer. »

Avec d’autres femmes, elle réussit à cultiver un petit terrain, mais est expulsée trois ans plus tard. Déterminée, elle persiste et obtient enfin, il y a dix ans, la propriété de trois hectares près de Ziguinchor. Cette ferme expérimentale, gérée sans pesticides et avec des semences locales, emploie aujourd’hui trente femmes. « Plus de cent femmes disposent désormais d’un compte bancaire individuel et épargnent », se réjouit-elle. « Elles diversifient leurs activités pour augmenter leurs revenus, et cela me remplit de fierté. »

Mariama Sonko dans sa ferme agroécologique de Niaguis, à proximité de Ziguinchor en Casamance.

Un mouvement panafricain pour l’autonomie des femmes

Mariama Sonko parcourt désormais l’Afrique de l’Ouest pour promouvoir l’agroécologie et la préservation des semences locales. Son mouvement, Nous sommes la solution, compte huit cents associations membres dans dix pays, réunissant environ deux cent mille femmes, majoritairement analphabètes. « Je suis profondément fière de voir les progrès accomplis aux côtés de ces femmes », confie-t-elle avec émotion. « Leur combat est le mien, et chaque petite victoire nous rapproche de l’autonomie alimentaire et financière. »