Massacres au Mali : l’armée et les milices dozos accusées d’exactions sanglantes
Dans la région de Ségou, au centre du Mali, des affrontements d’une violence extrême ont ensanglanté deux villages en l’espace de quelques semaines. Selon des témoignages recueillis sur place, l’armée malienne et des milices alliées, notamment les dozos, auraient perpétré des massacres ciblant des civils innocents les 2 et 13 octobre 2025.
Des exécutions sommaires dans deux localités sous tension
Le 2 octobre, une opération conjointe des Forces armées maliennes (FAMA) et des miliciens dozos a provoqué un véritable bain de sang dans le village de Kamona. Au moins 21 hommes ont été froidement exécutés, tandis que dix habitations étaient réduites en cendres. Les assaillants, reconnaissables à leurs tenues de camouflage et à leurs amulettes traditionnelles, auraient ciblé les habitants sans distinction, accusant ces derniers de complicité avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.
Les rescapés ont rapporté que les soldats et les miliciens avaient rassemblé les hommes avant de les abattre sans procès. « Ceux qui n’ont pas pu fuir ont été exécutés sur place », a témoigné un survivant sous couvert d’anonymat. Les corps de 17 victimes ont été retrouvés sous un arbre, tandis que quatre autres gisaient plus au nord, criblés de balles. Les assaillants auraient également incendié des huttes et des hangars appartenant à des membres de l’ethnie peule.
Le 13 octobre, un scénario similaire s’est répété à Balle, situé à une cinquantaine de kilomètres de Kamona. Une dizaine de civils, dont une femme de 55 ans, ont été tués lors d’une opération menée par des soldats et des dozos. Les témoignages recueillis évoquent des violences inouïes : des hommes battus, des vaches volées, et des exécutions à bout portant. « Les corps étaient entassés les uns contre les autres, certains avec des membres fracturés », a confié un habitant.
Un climat de terreur et d’impunité généralisée
Ces exactions surviennent dans un contexte où le GSIM multiplie les attaques contre les forces de l’ordre et les infrastructures stratégiques, comme l’usine sucrière de Siribala en août dernier. Les villages de Kamona et Balle, sous le joug des djihadistes depuis des années, sont désormais pris pour cible par l’armée, qui ne fait pas de distinction entre civils et combattants.
« Nous payons la zakat chaque année aux djihadistes. Ils règlent les conflits et assurent notre sécurité, car l’État a abandonné ces zones », a expliqué un villageois. « Pour l’armée, nous sommes tous des terroristes. Ils nous traitent de la même manière. »
L’appel à une enquête indépendante et à la justice
Face à l’ampleur des violations des droits humains, des voix s’élèvent pour demander une enquête transparente et la poursuite des responsables. Les autorités maliennes sont interpellées : comment justifier de telles méthodes dans un conflit déjà marqué par des milliers de morts parmi les civils ?
Le droit international humanitaire, notamment les Conventions de Genève, interdit formellement les attaques contre les populations civiles et les exécutions sommaires. Pourtant, ces règles semblent systématiquement bafouées, aussi bien par les groupes armés que par les forces de sécurité.
Malgré le retrait du Mali de la Cour pénale internationale (CPI) en septembre 2025, le pays reste sous le coup d’une enquête ouverte depuis 2013 pour crimes de guerre. L’Union africaine (UA), dont le rôle est de garantir la paix et la sécurité sur le continent, est également pointée du doigt pour son inaction face à la dégradation de la situation.
« Les massacres de Ségou rappellent l’urgence d’une réponse internationale coordonnée », a souligné un analyste en sécurité. « Sans une pression diplomatique forte et des mécanismes de reddition de comptes efficaces, la spirale de la violence ne fera que s’aggraver. »
Un conflit aux conséquences humanitaires dramatiques
Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise sécuritaire sans précédent. Plus de 400 000 personnes ont été contraintes de quitter leur foyer, et des milliers de civils ont péri dans des violences intercommunautaires ou des attaques ciblées. Les écoles et universités de Bamako ont même été fermées temporairement en septembre, en raison du siège imposé par le GSIM, qui a coupé l’approvisionnement en carburant de la capitale.
Dans ce contexte, la communauté internationale est appelée à jouer un rôle plus actif. La lutte contre l’impunité, la protection des civils et le soutien aux populations victimes doivent devenir des priorités absolues pour éviter que d’autres drames ne se produisent.