Mayo-tsanaga : le calvaire des villages dévastés par boko haram sous l’indifférence de l’état

mayo-tsanaga : le calvaire des villages dévastés par boko haram sous l’indifférence de l’état

Le Mayo-Tsanaga, une région en proie à la terreur de Boko Haram

Depuis 2014, le département du Mayo-Tsanaga, situé dans l’extrême-nord du Cameroun, subit les assauts répétés du groupe terroriste Boko Haram. Ces attaques, initialement concentrées sur les hauteurs du mont Gossi à Tourou, s’étendent désormais à l’ensemble du territoire, transformant des dizaines de villages en zones fantômes.

Plus de cinquante localités ont été abandonnées, laissant derrière elles des champs ravagés, des écoles et centres de santé pillés, et des populations massacrées. Les terroristes, lourdement armés, frappent sans relâche : incendies, enlèvements, violences contre les civils. Le bilan humain est lourd, et la peur s’installe durablement.

Une région vidée de ses habitants, une économie en ruine

De Mokolo à Koza, en passant par Mayo-Moskota, les villages se vident. Les habitants, contraints de fuir, abandonnent leurs terres, leurs biens et leurs papiers d’identité calcinés. En moins de deux ans, près de 9 000 personnes ont été déplacées, un chiffre en constante augmentation. L’Organisation internationale pour les migrations a recensé 482 nouveaux déplacés au début du mois de juin 2026, fuyant les arrondissements de Mokolo, Koza et Mayo-Moskota.

L’exode dépasse les frontières du département : des familles parcourent plus de 200 kilomètres pour trouver refuge, laissant derrière elles tout espoir de retour. L’agriculture, pilier de l’économie locale, s’effondre. Les écoles ferment, les marchés meurent, et la population sombre dans une précarité extrême. Le Mayo-Tsanaga agonise.

Un État absent, des promesses sans lendemain

Malgré les visites ministérielles et les « rencontres fraternelles », les autorités camerounaises peinent à apporter une réponse concrète. Les militaires déployés sur le terrain sont en nombre insuffisant : à Ldamang et Ldubam, seulement deux soldats étaient présents lors d’une attaque nocturne récente, incapables de faire face à des assaillants mieux équipés.

Les comités de vigilance, composés de civils armés de simples outils, se retrouvent en première ligne, exposés à des risques mortels. Pendant ce temps, les élites locales, promptes à multiplier les discours lors des campagnes électorales, se murent dans un silence complice face à la détresse des populations.

L’urgence humanitaire : familles brisées, enfants sans avenir

Dans la panique des attaques, des familles entières se disloquent. Certains parents fuient avec seulement quelques enfants, laissant les autres derrière eux. Des jeunes se retrouvent livrés à eux-mêmes, privés d’éducation et de protection. Certains abandonnent l’école, d’autres sombrent dans la criminalité, tandis que des adolescentes voient leur espoir d’un avenir meilleur s’évanouir.

Les papiers d’identité, actes de naissance et cartes nationales, réduits en cendres avec les maisons, condamnent ces déplacés à une existence en marge de la société. Le Mayo-Tsanaga est en train de se vider, et avec lui, une partie de l’âme du Cameroun.

Combien de villages faudra-t-il encore perdre ?

La question se pose avec urgence : combien de villages devront encore être abandonnés avant que cette crise ne devienne une priorité nationale ? L’État a-t-il le droit d’ignorer ses citoyens parce qu’ils vivent loin des centres de pouvoir ? La réponse des populations du Mayo-Tsanaga est sans appel : elles se sentent abandonnées, oubliées, comme si leur sort ne comptait plus.

Sans une intervention décisive, sans une protection réelle, sans une réponse humanitaire à la hauteur de l’urgence, le département du Mayo-Tsanaga risque de disparaître, emportant avec lui des générations entières de Camerounais.