Niger et cédéao : les pistes pour sortir de la crise diplomatique

Trois ans après le renversement du président Mohamed Bazoum à Niamey, les relations entre le Niger et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) restent tendues. L’organisation sous-régionale avait alors imposé des sanctions et brandi la menace d’une intervention militaire, une décision perçue comme une déclaration de guerre par les juntes du Mali et du Burkina Faso. Ces trois pays ont ensuite scellé leur rupture avec la Cédéao en formant l’Alliance des États du Sahel (AES), officialisant leur retrait en janvier 2025. Pourtant, malgré cette distance affichée, les canaux de dialogue persistent.

Visite officielle du président béninois Romuald Wadagni au Niger en juin 2026

Un médiateur pour relancer les négociations

Face à cette impasse, la Cédéao a désigné l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté comme interlocuteur privilégié pour engager des discussions avec l’AES. Lors de la dernière réunion de l’organisation sous-régionale à Freetown, le nouveau président de la Commission, le Sénégalais Birame Diop, a été chargé de placer la sécurité régionale au cœur des échanges.

« Nous assistons au début d’un processus prometteur, les deux parties partageant une volonté commune de dialoguer », souligne un expert des organisations internationales. Il ajoute que la situation du Niger, dépendant du Nigeria et du Bénin pour son approvisionnement électrique et son accès aux ports, sera un point central des négociations. Lansana Kouyaté devra ainsi concilier les spécificités économiques de l’AES avec les exigences de la Cédéao.

Les nouvelles dynamiques politiques au service du dialogue

Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal et actuel président en exercice de la Cédéao, a marqué les esprits en se rendant dès son élection dans les capitales de l’AES. Son homologue béninois Romuald Wadagni, élu peu après, a également choisi le Niger pour sa première visite officielle, avant de se rendre au Burkina Faso et au Mali. Ces initiatives contrastent avec les positions plus rigides de certains dirigeants précédents.

« Faye et Wadagni bénéficient d’une crédibilité inédite par rapport à leurs prédécesseurs, souvent critiqués pour leur manque d’ouverture », analyse Pape Ibrahima Kane. Il souligne aussi l’arrivée d’une nouvelle équipe à Abuja, chargée de mettre en œuvre un programme moins interventionniste que par le passé.

Pourtant, des voix s’élèvent pour rappeler que le dialogue reste conditionnel. Sahanine Mahamadou, conseiller spécial de Mohamed Bazoum, insiste : « Les militaires doivent accepter de dialoguer. Si leur patriotisme est sincère, ils doivent faciliter le retour des civils au pouvoir. L’ère des juntes en Afrique de l’Ouest est révolue. »

En filigrane, la question de la légitimité de Mohamed Bazoum, toujours détenu sans démission officielle, plane sur les discussions. Une résolution du Parlement européen a récemment condamné sa détention, provoquant la colère de Niamey qui y voit une ingérence inacceptable.

Réunion des chefs de défense de la Cédéao en août 2023 pour discuter d'une possible intervention au Niger

L’Europe face au dilemme nigérien

La détention de Mohamed Bazoum complique aussi les relations entre l’Union européenne et le Niger. Jérôme Pigné, expert en sécurité au Sahel, résume le dilemme : « Comment concilier les valeurs européennes avec la nécessité de dialoguer avec Niamey ? Faut-il renoncer à ses principes au nom de la realpolitik ? »

Le Niger, partenaire historique de l’UE, voit son schéma de coopération repensé. Selon une étude récente de la Fondation allemande pour l’économie et la politique (SWP), Bruxelles pourrait proposer un soutien massif aux régimes militaires du Sahel en échange d’une stabilisation des pays. Ce soutien pourrait inclure :

  • Un renforcement de la coopération militaire et sécuritaire
  • Le partage de renseignements et la formation des forces locales
  • Des investissements dans le développement économique

La SWP met en garde : « L’Europe ne doit pas espérer modifier rapidement les comportements des juntes. Le dialogue doit rester la priorité, même s’il ne produit pas de résultats immédiats. »