Rdc : la coalition C64 maintient son opposition farouche à la révision constitutionnelle
En République démocratique du Congo, la coalition d’opposition C64 refuse de céder et maintient son ultimatum envers le président Félix Tshisekedi. Ses dirigeants exigent sans détour l’abandon définitif du projet de modification de la Constitution, alors que Kinshasa est déjà le théâtre d’une tension politique palpable. Cette crise survient dans un contexte sécuritaire particulièrement dégradé à l’Est du pays, où la situation humanitaire se dégrade chaque jour.
Une opposition unie contre toute réécriture de la loi fondamentale
La plateforme C64, composée de figures emblématiques de l’opposition congolaise, s’est construite autour d’un refus catégorique de toute révision constitutionnelle. Pour ses membres, toucher à la Constitution de 2006 reviendrait à ouvrir la porte à une manipulation institutionnelle en faveur du pouvoir en place. Leur message au chef de l’État est sans ambiguïté : abandonner le projet ou affronter une mobilisation sans précédent.
Les partisans de cette coalition considèrent que le texte de 2006, issu d’un référendum post-conflit, représente un pilier démocratique intouchable. Leur inquiétude porte notamment sur les dispositions limitant la durée et le nombre de mandats présidentiels. Cette position est partagée par une frange importante de la société civile et des leaders religieux, qui ont multiplié les prises de position contre une telle réforme.
Les motivations présidentielles sous le feu des critiques
Félix Tshisekedi, réélu en décembre 2023 pour un second mandat, a évoqué dès l’automne 2024 la nécessité de doter le pays d’une Constitution mieux adaptée, selon lui, à ses défis. Il avance l’idée que l’actuel texte serait inadapté aux réalités d’un État-continent de plus de cent millions d’habitants. Pourtant, ses adversaires y voient une manœuvre pour contourner les limites des mandats et consolider le pouvoir de l’Union sacrée.
Le président a annoncé la création d’une commission dédiée à ce dossier, une initiative perçue par ses opposants comme une étape vers une révision décidée d’avance. Pour la C64, il ne s’agit pas d’un débat technique, mais d’un choix politique lourd de conséquences. Cette situation rappelle des scénarios similaires observés ailleurs en Afrique, où des réformes constitutionnelles ont servi à modifier les règles du jeu électoral.
Un contexte national marqué par l’instabilité
Le débat sur la Constitution s’inscrit dans une période particulièrement troublée pour la RDC. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu subissent depuis des mois une offensive sans précédent du groupe armé M23, soutenu selon les experts par des forces étrangères. La chute de villes stratégiques comme Goma et Bukavu a affaibli la crédibilité de l’État et exacerbé les tensions internes. L’opposition estime que les priorités devraient se concentrer sur la restauration de l’autorité étatique plutôt que sur une refonte institutionnelle.
Sur le plan économique, la RDC joue un rôle clé dans l’approvisionnement mondial en cobalt et en cuivre, ressources essentielles pour la transition énergétique. Les investisseurs internationaux surveillent de près l’évolution de la situation politique à Kinshasa, conscients qu’une crise prolongée pourrait compromettre la stabilité des grands contrats miniers. Les pays voisins, comme l’Angola et l’Afrique du Sud, suivent également avec une attention soutenue les développements de cette crise.
L’enjeu désormais est de savoir si l’ultimatum lancé par la C64 se traduira par des mobilisations massives dans les rues ou par une escalade purement politique. Les précédents appels à manifester de l’opposition ont souvent été freinés par des dispositifs policiers dissuasifs. La coalition mise désormais sur l’appui de la société civile et des communautés religieuses pour faire pression sur l’agenda présidentiel. Selon ses responsables, la pression sera maintenue jusqu’à un renoncement explicite du chef de l’État à son projet de révision.