Rdc : l’initiative du cnsA pour apaiser les tensions avant un dialogue national

En République démocratique du Congo, le Conseil national de suivi de l’Accord et du processus électoral (CNSA) vient de lancer une opération inédite : le recensement systématique des prisonniers politiques et d’opinion. Cette démarche s’inscrit dans une volonté affichée de décrispation préalable à l’organisation d’un dialogue national inclusif, attendu de longue date par les acteurs politiques congolais.

Selon les responsables du CNSA, cette initiative s’appuie sur un principe fondamental : « le droit est une valeur universelle, sans distinction ni préférence ». L’objectif ? Établir une liste exhaustive des détenus concernés, afin que le président Félix Tshisekedi puisse engager des mesures libératoires avant l’ouverture des débats entre les différentes composantes de la société congolaise.

RDC | Kinshasa 2026 – Joseph Olenghankoy, président du CNSA

Une initiative saluée par les proches de Joseph Kabila

Parmi les noms évoqués dans le cadre de cette procédure figurent des personnalités politiques de premier plan, notamment Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, respectivement vice-président et secrétaire permanent du PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), formation historique liée à l’ancien président Joseph Kabila. Leur possible inclusion sur la liste du CNSA suscite déjà des réactions positives au sein de leur parti.

Lucain Kasongo, cadre du PPRD, a réagi avec satisfaction : « Si cette initiative permet d’obtenir la libération de nos camarades emprisonnés, nous ne pouvons qu’en saluer l’approche. Que cette démarche vienne du CNSA ou d’ailleurs, elle va dans le bon sens pour nos collègues comme Aubin Minaku, Emmanuel Ramazani Shadary, Dunia Kilanga, Parole Kamizelo et bien d’autres. »

Des cas emblématiques : entre prisonniers politiques et condamnations à mort

Le CNSA ne s’arrête pas aux simples prisonniers d’opinion. Parmi les dossiers les plus sensibles figurent ceux de personnalités condamnées à mort, comme l’ex-président Joseph Kabila et Corneille Nangaa, ancien coordonnateur de la rébellion de l’AFC/M23. Pour Timothée Mbuya, coordonnateur de l’ONG Justicia ASBL, ces condamnations devraient également faire l’objet d’une révision pour renforcer la confiance politique nécessaire à l’amorce d’un dialogue inclusif.

Selon lui, « une mesure politique forte s’impose pour annuler ces condamnations, notamment celles concernant Joseph Kabila et Corneille Nangaa. Ces gestes contribueraient à créer un climat de sérénité indispensable pour rassembler tous les acteurs autour de la table des négociations. »

Vers une levée progressive des tensions ?

Alors que les appels à un dialogue national se multiplient en RDC, l’initiative du CNSA pourrait-elle marquer un tournant ? Le président du Conseil, Joseph Olenghankoy, insiste sur l’urgence de respecter les procédures légales : « Dans les 48 heures suivant une arrestation, une personne doit être présentée devant un juge. Pourtant, certains détenus purgent des peines de six mois ou plus sans jugement. C’est une entorse grave au droit. Notre rôle est de veiller à ce que ces irrégularités soient corrigées, afin de faciliter le dialogue entre les Congolais. »

Reste à savoir si cette dynamique de transparence et de libération permettra d’apaiser durablement le climat politique congolais, ou si elle restera un simple geste symbolique face à l’ampleur des défis à relever.