Santé de Paul Biya : un silence qui alimente les tensions au Cameroun

Liberté d’expression sous tension au Cameroun après la condamnation d’un internaute

La condamnation de Patrick Mengue à six mois de prison ferme pour outrage au président Paul Biya relance un débat brûlant sur les limites de la liberté d’expression dans le pays. Une décision qui intervient alors que l’état de santé du chef de l’État, régulièrement absent du territoire national, reste entouré de mystère.

Paul Biya lors d'un forum aux États-Unis

Les organisations de défense des droits humains dénoncent une restriction croissante de la liberté d’opinion, tandis que les autorités camerounaises justifient ces condamnations par le respect du Code pénal, notamment sur les questions d’outrage au président, de diffamation et d’atteintes à l’honneur des institutions.

Maître Batang Kolon, avocat camerounais, s’indigne : « Il n’y a pas d’implicite dans cette affaire ! C’est une interprétation stricte de la loi. Le jeune homme avait simplement rédigé une prière. Aujourd’hui, on interdit même les prières. C’est une situation extrêmement préoccupante. »

Des précédents judiciaires qui alimentent la polémique

Cette affaire s’inscrit dans une série de condamnations qui ont marqué l’actualité camerounaise ces dernières années. En 2017, l’écrivain Patrice Nganang avait été arrêté pour ses prises de position sur la crise anglophone, tandis qu’en 2019, le militant Sébastien Ebala subissait le même sort après des publications critiques envers le président.

En 2010, le journaliste Jean Bosco Talla avait écopé d’un an de prison avec sursis et d’une lourde amende pour un article évoquant une rumeur concernant la santé de Paul Biya.

Un débat national sur les libertés fondamentales

Pour Cyrille Rolande Bechon, présidente de l’ONG Les Nouveaux Droits de l’Homme, « comme Patrick Mengue, des dizaines de Camerounais croupissent en prison pour avoir osé exprimer leur avis sur la situation politique. » Elle dénonce une justice « inique » et rappelle que ces affaires dépassent le cadre judiciaire pour toucher aux fondements mêmes de la démocratie.

Les autorités, quant à elles, insistent sur la nécessité de protéger les institutions et l’ordre public. Pourtant, dans un contexte où l’absence prolongée du président Biya nourrit les spéculations, la condamnation de Mengue cristallise les tensions autour de la liberté d’expression au Cameroun.