Sénégal : les économistes cherchent des solutions face à la dette publique
La dette publique du Sénégal a basculé en première ligne des tensions entre le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko et les institutions financières internationales. Une rencontre inédite, réunissant des économistes africains et asiatiques, s’est ouverte à Dakar pour explorer des solutions innovantes. Ce forum, qui se tient avant une conférence élargie prévue demain, marque une volonté de proposer des alternatives aux politiques d’austérité recommandées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.
La dette publique sénégalaise, un défi économique et politique
En seulement douze mois, la dette publique du pays a pris une dimension critique, devenant le principal sujet de discorde avec les institutions de Bretton Woods. La réévaluation à la hausse des chiffres officiels a conduit à la suspension partielle des versements prévus par l’accord conclu avec le FMI. Dakar se trouve dans une situation délicate : maintenir ses engagements financiers tout en finançant les priorités sociales portées par le parti au pouvoir, le Pastef.
L’organisation de ce rassemblement d’experts s’inscrit dans une démarche stratégique. Plutôt que de suivre les recettes traditionnelles imposées par les créanciers, l’exécutif sénégalais ambitionne de bâtir un dossier technique et académique en faveur de solutions alternatives. Parmi les pistes envisagées : une restructuration maîtrisée, l’allongement des échéances ou encore le renforcement des ressources locales. La participation d’économistes asiatiques, issus de pays ayant surmonté des crises de balance des paiements, vise à élargir la réflexion au-delà des modèles occidentaux dominants.
Un message fort en direction des partenaires financiers
Le timing de cette initiative n’est pas le fruit du hasard. En réunissant des partisans d’une approche moins orthodoxe seulement quelques semaines après la suspension des discussions avec le FMI, Ousmane Sonko envoie un message clair aux bailleurs de fonds. Le Premier ministre, figure centrale du virage politique de 2024, a érigé la souveraineté économique en pilier de son action. Sa présence active à la conférence renforce la portée de l’événement, qui dépasse le cadre d’un simple séminaire technique.
Les organisateurs souhaitent prouver qu’il existe des marges de manœuvre en dehors des programmes financiers classiques. Cette position s’inscrit dans une tendance observée sur le continent, où plusieurs gouvernements remettent en cause les exigences liées aux financements multilatéraux. Des expériences récentes au Ghana, en Zambie ou encore en Éthiopie ont alimenté des débats dont Dakar compte s’inspirer. Cependant, contrairement à ces voisins, le Sénégal n’est pas en défaut de paiement et conserve un accès, bien que limité, aux marchés régionaux.
Quelles pistes pour contourner l’austérité ?
Les propositions avancées par les économistes s’articulent autour de trois axes principaux. Le premier concerne la fiscalité : élargir l’assiette fiscale, lutter contre les flux financiers illicites et renégocier certains contrats extractifs, notamment dans le secteur des hydrocarbures, dont la production a débuté en 2024. Le deuxième axe porte sur la structure de la dette, avec l’idée de privilégier des instruments libellés en monnaie locale ou indexés sur les recettes futures. Enfin, le troisième axe vise une meilleure coordination régionale, notamment au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Ces solutions ne sont pas exemptes de contradictions. La fermeté affichée envers le FMI pourrait influencer à la hausse la prime de risque exigée par les investisseurs, alors même que le Trésor sénégalais dépend de levées régulières sur les marchés obligataires. Par ailleurs, toute renégociation devra inclure les détenteurs d’eurobonds, dont les attentes divergent de celles des créanciers bilatéraux. En pratique, la marge de manœuvre du gouvernement dépendra de sa capacité à concilier discours souverainiste et crédibilité financière.
Au-delà des déclarations, cette semaine d’échanges à Dakar sera suivie de près par les capitales africaines et les agences de notation. Elle pourrait annoncer un nouveau cycle de négociations avec les partenaires financiers, ou au contraire prolonger un bras de fer dont le coût budgétaire s’alourdit chaque trimestre. Les conclusions du forum seront présentées au gouvernement à l’issue des travaux.
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