Sénégal Maroc : le contentieux de la finale can persiste après le sommet de Nairobi

Lors du récent sommet Afrique-France à Nairobi, la tension entre le Sénégal et le Maroc autour de la finale controversée de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) a resurgi au grand jour. À peine le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye avait-il évoqué avec fierté le titre continental remporté par son pays que les regards se sont tournés vers Rabat. Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il a lancé une phrase ironique : « Merci à vous pour ce verdict ! », faisant référence à la décision du 17 mars dernier qui a attribué la victoire au Maroc sur tapis vert, malgré la victoire initiale des Lions de la Teranga à Rabat (1-0 après prolongation).

Cette volte-face administrative, qualifiée par la Fédération sénégalaise de football (FSF) de « braquage administratif », a relancé un contentieux juridique déjà bien engagé. Les deux fédérations concernées, ainsi que la Confédération africaine de football (CAF), sont désormais engagées dans un bras de fer devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne. Les mémoires de défense des parties ont été déposés, et l’affaire pourrait s’éterniser plusieurs mois.

Rabat et Dakar s’évitent depuis la finale chaotique

Le Maroc, représenté par son chef du gouvernement Aziz Akhannouch lors du sommet, a choisi de ne pas participer à la session dédiée au sport. Une absence remarquée qui en dit long sur l’embarras des autorités marocaines. « Ils n’ont pas privilégié cette séquence », a confié une source proche du dossier. Quatre mois après les incidents du stade Moulay-Abdallah à Rabat, les deux capitales semblent désormais éviter soigneusement le sujet lors des rencontres diplomatiques.

Interrogée après la clôture du sommet, la ministre déléguée française Eléonore Caroit a indiqué n’avoir « rien entendu sur le sujet » durant les débats. Son homologue, Jean-Noël Barrot, a nuancé en affirmant que le litige restait présent dans les discussions bilatérales, avant d’ajouter : « Ce n’est pas que du football. »

Cette querelle sportive s’accompagne en effet d’une affaire pénale aux conséquences diplomatiques. Un Français, frère d’un membre du staff sénégalais, accusé d’avoir jeté une bouteille sur des forces de l’ordre lors des incidents dans les tribunes, a purgé trois mois de prison avant d’être libéré le 18 avril. Trois des dix-huit supporters sénégalais incarcérés ont également été remis en liberté, tandis que les quinze autres attendent une éventuelle grâce royale.

le sport, un miroir des tensions diplomatiques

Malgré les déclarations apaisantes, les tensions restent palpables. Côté marocain, on insiste sur les « relations religieuses et historiques » liant les deux pays, tandis qu’à Dakar, on parle de « querelle entre frères ». « Nous sommes comme la langue et les dents, parfois on se mord, mais la voie diplomatique va jouer son rôle », a tempéré un responsable sénégalais.

Cette affaire a même eu des répercussions réglementaires au niveau mondial. Lors du dernier congrès de la FIFA à Vancouver fin avril, l’IFAB a adopté une mesure controversée, surnommée la « loi Pape Thiaw » en référence au sélectionneur sénégalais. Désormais, un joueur quittant le terrain en signe de protestation ou un membre du staff l’incitant à le faire peut écoper d’un carton rouge. Un délégué de la CAF présent à Vancouver a résumé avec ironie l’objectif de cette réforme : « éviter une