Sénégal : quand les familles des victimes s’opposent à la candidature de Macky Sall à l’ONU
Une candidature qui divise la classe politique sénégalaise
La volonté de Macky Sall de briguer le poste de secrétaire général de l’ONU crée une fracture profonde au Sénégal. Quelques jours après l’annonce de sa candidature, soutenue par le Burundi dans le cadre de la présidence de l’Union africaine, l’ancien président a rencontré le chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Une entrevue qui a immédiatement suscité l’indignation des collectifs représentant les familles des victimes des violences politiques de son mandat.
L’héritage controversé de l’ère Macky Sall
L’ancien président mise sur son expérience internationale, notamment sa présidence de l’Union africaine entre 2022 et 2023, pour justifier sa candidature. Pourtant, au Sénégal, son parcours est associé à des années marquées par des tensions politiques et des répressions sanglantes. Entre 2021 et 2024, les manifestations contre son régime auraient fait plusieurs dizaines de morts, selon les organisations de victimes.
Le pouvoir actuel, issu de l’alternance de 2024, n’hésite pas à pointer du doigt la gestion des mobilisations de l’opposition sous son gouvernement. Une période sombre que les autorités actuelles qualifient de répression systématique.
Les voix des familles des martyrs s’élèvent
Mouhamed Fadel Bodian, porte-parole d’un collectif de familles, exprime une vive inquiétude : « L’audience accordée par le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye à Macky Sall pour discuter de sa candidature à l’ONU nous semble inacceptable. Nous estimons que son parcours ne le qualifie pas pour représenter le Sénégal dans cette instance. »
Boubacar Sèye, président d’une association de familles de victimes, renchérit : « Comment oublier que son mandat a été marqué par la mort de dizaines de nos concitoyens lors de manifestations ? Son retour sur la scène internationale ne doit pas effacer ce lourd bilan humain. »
Guy Marius Sagna, député du parti majoritaire Pastef, va plus loin dans sa critique : « Cette rencontre est une insulte aux familles des victimes. Elle ravive leurs souffrances et rappelle les tortures, les emprisonnements et les assassinats qui ont jalonné cette période. Leur combat pour la démocratie a un prix : celui de leur vie. »
Une compétition internationale déjà lancée
La candidature de Macky Sall s’inscrit dans une course plus large pour succéder à António Guterres à la tête de l’ONU, dont le mandat expire en décembre 2026. Deux autres candidats sont déjà en lice : Michelle Bachelet, ex-présidente du Chili, et Rafael Grossi, directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Le Costa Rica, quant à lui, a proposé la candidature de Rebeca Grynspan, mais son dossier n’est pas encore finalisé.
Un enjeu supplémentaire anime cette compétition : la possibilité historique d’élire la première femme secrétaire générale de l’Organisation des Nations unies.
Un processus de sélection sous haute tension
Le Conseil de sécurité de l’ONU devra examiner les candidatures avant la fin du mois de juillet. Ses recommandations seront ensuite soumises à l’Assemblée générale, seule instance habilitée à valider le choix final pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois.
Pour Macky Sall, cette candidature représente bien plus qu’une bataille diplomatique : elle redonne vie à un débat national sur la mémoire et la réconciliation, alors que le Sénégal cherche encore à tourner la page des années de tensions.