Sénégal : un soutien stratégique à macky sall pour l ONU
Une décision politique au-delà des tensions passées
Quelques jours après un échange officiel au Palais de la République, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a confirmé une position inattendue : le pays apportera un soutien total à la candidature de Macky Sall pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Une décision qui marque un tournant dans les relations entre les deux hommes, autrefois antagonistes.
Un choix guidé par les intérêts nationaux
Cette volte-face apparente s’explique avant tout par une réalpolitik assumée. Pour Dakar, soutenir Macky Sall, c’est avant tout renforcer le prestige international du Sénégal. Si l’ancien chef d’État venait à occuper ce poste, il deviendrait le premier Africain à diriger l’ONU depuis Boutros Boutros-Ghali, dans les années 1990. Une opportunité historique pour le continent, notamment en matière de représentation au Conseil de sécurité.
Le gouvernement sénégalais a d’ailleurs souligné cette dimension, évoquant une volonté de dialogue dépassant les clivages politiques afin de porter un dossier jugé crucial pour l’Afrique et le multilatéralisme.
De la prison au Palais : l’évolution d’un rapport de force
L’histoire entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall est marquée par de profondes tensions. Arrêté en avril 2023 dans le cadre de la répression contre le mouvement d’Ousmane Sonko, Faye a retrouvé la liberté en mars 2024 grâce à une grâce présidentielle, à quelques jours du scrutin. Son élection a alors été présentée comme une rupture avec l’ère Sall, fondée sur la dénonciation des dérives autoritaires et la promesse d’un nouveau départ.
Pourtant, deux ans plus tard, le président Faye a choisi de mettre de côté les rancœurs au profit d’une logique d’État. Une décision rendue possible par un événement clé : la rupture avec Ousmane Sonko, son ancien mentor et Premier ministre, en mai 2024. Cette scission a offert à Faye une marge de manœuvre inédite, lui permettant de reconsidérer sa position sur la candidature de Sall.
Une stratégie diplomatique et personnelle
Ce soutien ne relève pas seulement d’une démarche diplomatique. Il s’inscrit aussi dans une stratégie politique interne. Bassirou Diomaye Faye prépare la création de son propre parti et cherche à élargir sa base électorale en intégrant des réseaux issus de l’ancien système, y compris ceux de Macky Sall et d’Abdoulaye Wade. Une manœuvre qui pourrait renforcer ses chances de réélection en 2029.
Lors de la visite éclair de Macky Sall à Dakar, celui-ci a été accueilli avec une popularité intacte, preuve que son influence dépasse les clivages partisans. Une dynamique que Faye a pu observer de près, renforçant sa conviction que ce soutien était un pari gagnant.
Un atout majeur pour Macky Sall
La candidature de l’ancien président souffrait jusqu’ici d’un défaut de légitimité nationale. Le silence ou la neutralité du Sénégal étaient perçus comme un désaveu, fragilisant ses chances face à la concurrence. L’onction officielle de Bassirou Diomaye Faye, accompagnée d’une mobilisation du réseau diplomatique sénégalais, supprime cet obstacle et permet à Sall de se présenter comme un candidat pleinement soutenu par son pays.
Cependant, cette avancée ne garantit pas une victoire. La tradition de rotation régionale joue en défaveur de l’Afrique, cette fois-ci au profit de l’Amérique latine, dont quatre des cinq candidats déclarés sont originaires. Macky Sall reste le seul non Latino-Américain et le seul ancien chef d’État en lice, mais son élection dépendra avant tout des arbitrages du Conseil de sécurité.
Un parcours diplomatique en construction
Malgré les défis, Macky Sall a su tisser des alliances stratégiques. Proche de la France, il entretient aussi de bonnes relations avec la Russie, comme en témoigne sa rencontre avec Sergueï Lavrov à Moscou après l’obtention du soutien sénégalais. Une diplomatie équilibrée qui pourrait lui être bénéfique dans les négociations à venir.
Le verdict final est attendu cet automne, mais une chose est sûre : le Sénégal a désormais tout misé sur cette candidature, transformant une rivalité passagère en opportunité pour l’image du pays.