Silence présidentiel au Cameroun : l’économie et les camerounais en première ligne
Depuis le 7 juin 2026, date à laquelle le président Paul Biya a quitté Yaoundé pour un séjour en Europe sous le sceau de la confidentialité, le Cameroun fonctionne sans son guide suprême. Plus de deux mois se sont écoulés, et le chef de l’État n’a ni réapparu en public ni annoncé de date de retour. Dans un pays où le pouvoir s’articule autour d’une centralisation extrême, ce vide prolongé ne se limite plus à une simple question politique. Il s’infiltre désormais dans les rouages économiques et sociaux, laissant une empreinte tangible sur la vie des Camerounais.
Un système économique sous dépendance présidentielle
Le Cameroun repose sur une architecture institutionnelle où la moindre décision majeure exige l’onction présidentielle. L’absence prolongée de Paul Biya crée des blocages en cascade :
- Marchés financiers en alerte rouge : Les titres camerounais en dollars figurent parmi les moins performants du continent. Les agences de notation, dont Moody’s, Fitch et S&P, soulignent l’opacité entourant la transition et l’appréhension des investisseurs face à cette instabilité.
- Projets d’envergure en suspens : Les chantiers d’infrastructures et les partenariats public-privé, souvent conditionnés par des arbitrages présidentiels, s’enlisent dans les tiroirs ministériels. Résultat : les fonds alloués par l’État peinent à être débloqués, retardant des mois de travail.
- Une vice-présidence vide et des ministères en stand-by : Malgré la réforme constitutionnelle d’avril 2026 instaurant un poste de vice-président pour éviter les crises de succession, celui-ci reste vacant. Un remaniement ministériel, attendu comme une bouffée d’oxygène, tarde à voir le jour, perpétuant une paralysie administrative.
Vie quotidienne : quand l’inflation et l’incertitude pèsent sur les ménages
Les Camerounais subissent de plein fouet les conséquences de ce vide au sommet. Les répercussions se mesurent au quotidien :
- Pouvoir d’achat en chute libre : Les prix des denrées essentielles et du carburant flambent, aggravés par l’absence de mesures correctives. Les ménages, déjà fragilisés, voient leur budget se réduire comme peau de chagrin.
- Une jeunesse en proie au doute : Le manque de communication officielle alimente les spéculations les plus extravagantes sur les réseaux sociaux. Cette opacité génère un sentiment de rejet parmi la population, exacerbant les tensions sociales.
- Le traitement des urgences relégué au second plan : Les défis criants — gestion des crises dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, chômage des jeunes, dégradation des infrastructures — manquent cruellement de leadership pour trouver des solutions durables.
Un miroir des faiblesses structurelles du Cameroun
L’absence de Paul Biya agit comme un révélateur des fragilités d’un système où le pouvoir repose sur une seule personne. Quand cette figure centrale s’efface, même temporairement, c’est toute la mécanique socio-économique qui montre ses limites. Pour restaurer la confiance des partenaires internationaux et apaiser les tensions internes, une clarification immédiate de la gouvernance s’impose comme une nécessité vitale.