Succès Masra libéré au Tchad : vers un nouveau départ pour l’opposition

Au Tchad, l’ancien Premier ministre Succès Masra et huit autres figures de l’opposition ont bénéficié d’une grâce présidentielle ce vendredi 13 août 2026. Cette décision, prise par le président Mahamat Idriss Deby, marque un tournant dans le paysage politique tchadien.

Succès Masra, figure emblématique de l’opposition, avait été condamné l’année précédente à vingt ans de prison pour des chefs d’accusation incluant des propos jugés haineux et incitant à la violence. Les autres dirigeants libérés faisaient partie du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), une coalition d’opposition dissoute en avril 2026 par la Cour suprême tchadienne.

En mai de la même année, ces mêmes opposants avaient écopé de huit ans de prison pour leur rôle présumé dans l’incitation à l’insurrection. Le décret présidentiel précise que la grâce entraîne une « annulation totale des peines de prison » pour les condamnés.

Dès l’annonce de leur libération, Ndolembai Sadé Njesada, vice-président du parti Les Transformateurs fondé par Masra, a salué cette initiative. « Nous exprimons notre profonde gratitude au chef de l’État pour avoir franchi ce pas décisif en faveur de l’unité nationale, a-t-il déclaré. Nous espérons désormais pouvoir engager un dialogue constructif pour consolider la paix dans notre pays. »

L’histoire récente de Succès Masra illustre les tensions politiques au Tchad. En octobre 2022, après des manifestations réprimées dans le sang contre le prolongement de la transition militaire dirigée par Mahamat Idriss Deby, il avait quitté le pays. De retour d’exil, il avait signé un accord de réconciliation avec le président tchadien avant d’être nommé Premier ministre. Cette nomination intervenait à quelques mois de l’élection présidentielle de 2024, remportée par Mahamat Deby avec plus de 60 % des voix dans un scrutin marqué par des contestations et un boycott de la majorité des partis d’opposition.

Succès Masra, candidat malheureux à cette élection, avait initialement revendiqué sa victoire avant d’être arrêté en mai 2025. Trois mois plus tard, il était condamné à vingt ans de prison, une décision qualifiée de « politiquement motivée » par plusieurs observateurs internationaux.