Tchad : hadid kilo, l’ombre qui pèse sur l’enfance à N’Djamena

Dans les ruelles animées de N’Djamena, un phénomène commercial aux conséquences dramatiques prend de l’ampleur : le « Hadid kilo ». Derrière ce terme, qui résonne comme un écho quotidien dans les quartiers, se cache une activité lucrative mais controversée. Des commerçants ambulants, poussant des charrettes débordantes de ferraille, sillonnent les artères de la capitale en scandant : « Hadid kilo ! Hadid kilo ! ». Une pratique devenue monnaie courante, mais qui menace gravement l’équilibre et la sécurité des plus jeunes.

Tchad : le phénomène Hadid kilo menace l'enfance à N'Djamena

Un commerce lucratif qui attire les mineurs

Ce commerce de récupération de fer, surnommé « Hadid kilo » en arabe tchadien, séduit de plus en plus d’acteurs, y compris des enfants. Les raisons de cet engouement sont multiples : la facilité à trouver des objets à revendre, les gains rapides, et l’absence de barrières administratives pour certains commerçants. Ces derniers, souvent originaires des pays voisins comme le Niger ou le Nigeria, opèrent sans titre de séjour ni autorisation officielle. Leur objectif ? Accumuler des fonds en un temps record avant de quitter le Tchad.

Cette dynamique économique, bien qu’attractive, a un revers bien plus sombre. Elle pousse les enfants à s’adonner à des actes répréhensibles pour obtenir des sommes dérisoires. Les cas se multiplient dans plusieurs quartiers de N’Djamena, où des mineurs, poussés par la pauvreté ou l’ignorance, n’hésitent pas à vendre des biens familiaux sans en mesurer les conséquences.

Des exemples concrets qui alarment les familles

Les témoignages recueillis dans les quartiers populaires sont édifiants. Au cœur de Ngabo, un enfant de 10 ans a échangé la bouteille de gaz de sa mère contre seulement 600 FCFA, une somme dérisoire au regard de l’usage vital de l’objet. Dans le quartier Ndjari, un autre mineur, âgé de 8 ans, a cédé le vélo de son frère contre 250 FCFA, tandis qu’à Zafaye, un enfant a vendu une partie du moteur de la voiture de son père pour 1 000 FCFA. Des transactions qui illustrent l’ampleur du phénomène et ses effets dévastateurs sur les familles.

Les parents et citoyens unis contre ce fléau

Les réactions des parents et des habitants ne se font pas attendre. Beaucoup dénoncent une pratique qui encourage le vol et expose leurs enfants à des risques majeurs. Les familles, déjà fragilisées par des conditions de vie difficiles, voient leurs efforts pour offrir un avenir stable à leurs enfants compromis par ce commerce irresponsable. « Cette activité pousse nos enfants à voler, même ce qu’ils n’ont pas le droit de toucher », confie une mère de famille du quartier Moursal.

Face à cette crise, les appels à l’action se multiplient. Les citoyens réclament des mesures urgentes pour protéger les mineurs. Parmi les propositions les plus citées : l’interdiction formelle d’acheter des objets aux enfants, un contrôle renforcé des commerçants ambulants, et une sensibilisation accrue des familles sur les dangers de ces pratiques. Les autorités locales sont également interpellées pour mettre en place des dispositifs de surveillance et de sanction contre les acteurs de ce système.

Un enjeu de société qui dépasse le simple cadre économique

Au-delà des aspects financiers, le « Hadid kilo » pose un défi majeur pour l’éducation et l’avenir des jeunes Tchadiens. Les observateurs s’accordent sur un constat alarmant : cette activité contribue à normaliser des comportements déviants chez les enfants, avec des conséquences potentielles à long terme. Le risque ? Une augmentation de la délinquance juvénile et une jeunesse désorientée, privée des opportunités nécessaires pour s’épanouir.

Les spécialistes de l’enfance insistent sur la nécessité d’agir sans délai. « Protéger nos enfants aujourd’hui, c’est garantir un avenir meilleur pour le Tchad de demain », souligne un éducateur basé à N’Djamena. Les autorités se doivent de prendre des décisions fermes pour briser ce cycle dangereux et redonner aux mineurs les chances qu’ils méritent.