Togo : comment l’humanitaire sert de couverture à des flux financiers troubles
À Lomé, la capitale togolaise, les discours sur l’aide humanitaire et la réduction de la pauvreté contrastent avec une réalité moins reluisante. Récemment, l’affaire du vol de 62 millions de francs CFA dans les locaux de l’ONG Muslims Around The World (MATW) à Kpogan a mis en lumière un système où l’argent liquide domine les transactions, loin des radars des institutions financières classiques. Pourtant, cette affaire n’est que la partie visible d’un phénomène bien plus large, où des sommes colossales circulent hors de tout contrôle bancaire.
Un système financier parallèle en pleine expansion
Alors que les ménages togolais peinent à joindre les deux bouts, une économie parallèle s’est développée, mêlant structures caritatives et intérêts politiques. Les liquidités s’accumulent dans des coffres sans susciter la moindre réaction des régulateurs. Comment expliquer cette opacité ? Pour les experts en finance sous-régionale, la réponse réside dans une complicité active des autorités togolaises.
Sous l’ère de Faure Gnassingbé, le paysage des ONG et associations est devenu un terrain propice à des dérives financières. L’absence de vérifications strictes sur l’origine des fonds, couplée à une tolérance systématique pour les paiements en espèces, crée un environnement idéal pour masquer des flux financiers douteux sous couvert d’actions sociales.
« Au Togo, une ONG fonctionne comme un bouclier : elle permet de déplacer des capitaux sans trace bancaire, échappant ainsi aux obligations de transparence habituelles », explique un analyste spécialisé dans les dérives financières en Afrique de l’Ouest.
L’humanitaire, un outil de légitimation pour le pouvoir
Pour les détracteurs du régime, ces flux financiers non contrôlés remplissent une fonction bien précise. D’une part, ils servent à blanchir l’image et les fonds du pouvoir : en finançant des projets sociaux, le régime se donne une image vertueuse tout en recyclant des capitaux non déclarés. D’autre part, ils permettent d’acheminer des ressources vers des alliés politiques ou économiques, en contournant les circuits bancaires traditionnels.
Une régulation en trompe-l’œil
Malgré les engagements internationaux du Togo en matière de transparence financière, la réalité est tout autre. Les banques locales sont soumises à des règles strictes imposées par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), mais le secteur informel et les organisations non gouvernementales évoluent dans un vide juridique exploité par les plus influents.
Tant que les autorités ne mettront pas en place un cadre strict imposant la bancarisation et des audits systématiques sur les fonds transitant par les ONG, l’humanitaire togolais restera suspect. Ce système, loin de soulager la pauvreté, alimente un cercle vicieux où l’opacité économique sert les intérêts d’une minorité au détriment de la population.