Togo et Russie : les mercenaires au cœur des nouvelles alliances militaires du Sahel

Quand le Togo mise sur Moscou pour sécuriser son territoire face aux menaces jihadistes

Vue aérienne de la base de Dihiaga, dans la région des Savanes, début 2024.
Enquête exclusive

Le Togo renforce sa défense avec l’aide des puissances étrangères

Face à l’expansion des groupes armés dans le Sahel, le président togolais Faure Gnassingbé a opéré un virage stratégique en sollicitant des partenariats militaires avec la Russie et la Turquie. Une coopération discrète mais déterminante pour sécuriser les frontières et contrer les menaces jihadistes.

Depuis plusieurs années, le Togo renforce progressivement ses capacités de défense face à la montée des tensions dans la région du Sahel. Dans l’ombre, le gouvernement de Lomé a engagé des négociations avec des acteurs internationaux pour obtenir un appui militaire adapté à ses besoins. Parmi ces partenaires émergent deux pays aux stratégies bien distinctes : la Russie, avec son Africa Corps, et la Turquie, dont l’expertise en matière de drones et de renseignement a déjà fait ses preuves ailleurs en Afrique.

Cette réorientation s’inscrit dans un contexte régional marqué par l’instabilité chronique. Les groupes jihadistes, notamment ceux liés à Aqmi ou à l’État islamique, multiplient les attaques dans les pays voisins du Burkina Faso, du Niger et du Bénin. Le Togo, bien que moins exposé, reste vulnérable en raison de sa position géographique stratégique, située entre le Ghana et le Bénin. La menace est donc réelle, et les autorités togolaises ont choisi de ne pas la sous-estimer.

Un partenariat russe discret mais efficace

C’est en 2025 que les premières discussions avec Moscou ont pris une tournure concrète. L’Africa Corps, cette structure paramilitaire russe, s’est imposée comme un acteur clé dans la lutte contre les groupes armés en Afrique. Bien que son rôle exact au Togo reste entouré de discrétion, plusieurs sources confirment la présence de conseillers et d’instructeurs russes sur place. Leur mission ? Former les forces togolaises aux techniques de contre-insurrection et de sécurité frontalière.

Les avantages de cette collaboration sont multiples. D’une part, la Russie propose des solutions clés en main, alliant formations, équipements et soutien logistique. D’autre part, elle agit avec une grande rapidité, un atout non négligeable dans un contexte où chaque jour compte. Cependant, cette alliance n’est pas sans risques. Les relations entre Moscou et les pays occidentaux, déjà tendues, pourraient influencer la perception de ce partenariat par les autres nations africaines.

La Turquie, un allié inattendu mais précieux

Si la Russie séduit par sa réactivité, la Turquie apporte une expertise complémentaire, notamment dans le domaine aérien. Depuis 2023, Lomé et Ankara entretiennent des échanges réguliers autour de la lutte antiterroriste. La Turquie, forte de son expérience en Libye et en Somalie, a proposé au Togo un soutien en matière de surveillance aérienne et de renseignement. Des drones turcs, comme ceux de la gamme Bayraktar, auraient déjà été déployés pour renforcer la sécurité des zones frontalières.

Cette coopération s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des liens entre l’Afrique et la Turquie. En échange de son assistance, Ankara obtient un accès privilégié aux ressources togolaises et une position stratégique en Afrique de l’Ouest. Pour le Togo, c’est une opportunité de diversifier ses partenaires militaires et de réduire sa dépendance vis-à-vis des anciennes puissances coloniales.

Les défis d’une stratégie multiforme

Malgré les avancées, cette nouvelle politique de défense soulève plusieurs questions. Comment garantir la transparence de ces alliances sans éveiller les soupçons des partenaires traditionnels ? Comment éviter que ces partenariats ne deviennent un terrain de rivalités entre puissances étrangères ? Enfin, comment s’assurer que ces collaborations ne serviront pas à des fins autres que la sécurité du Togo ?

Le président Faure Gnassingbé a toujours insisté sur la nécessité de préserver la souveraineté du pays. Pourtant, en s’ouvrant à des acteurs aussi influents que la Russie ou la Turquie, il prend le risque de fragiliser cette indépendance. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l’impact réel de ces collaborations sur la stabilité du Togo et de la région.

Ce qu’il faut retenir

  • Un virage stratégique : Le Togo diversifie ses partenariats militaires pour faire face aux menaces jihadistes.
  • Africa Corps et Ankara : Deux acteurs clés dans cette nouvelle stratégie, chacun apportant des solutions adaptées.
  • Des défis à relever : Transparence, souveraineté et équilibre géopolitique restent des enjeux majeurs pour Lomé.

Dans un contexte où les équilibres régionaux se redessinent, le Togo se positionne comme un acteur à part entière de la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest. Entre alliances inattendues et défis stratégiques, l’avenir de sa politique de défense reste à écrire.