Togo : la CEDEAO face à un pouvoir qui ignore ses décisions

Togo : la crise s’aggrave après l’arrêt de la CEDEAO sur la réforme constitutionnelle

La décision rendue par la Cour de justice de la CEDEAO concernant la réforme constitutionnelle togolaise de 2024 continue de provoquer une crise politique majeure à Lomé. Alors que le gouvernement togolais refuse catégoriquement de reconnaître la légitimité de l’arrêt, l’Association des victimes de la torture au Togo (ASVITTO) dénonce une « stratégie de gangstérisme d’État » et intensifie la pression sur les autorités.

Lomé invoque l’incompétence de la CEDEAO

Pour contrer la décision communautaire, les autorités togolaises avancent un argumentaire juridique selon lequel la Cour de justice de la CEDEAO n’aurait « ni la compétence pour contrôler la constitutionnalité d’un droit interne, ni l’autorité pour juger un pouvoir constituant national ». Cette position vise à neutraliser l’impact de l’arrêt sur le plan national, malgré son caractère contraignant.

L’ASVITTO fustige un « déni de l’évidence »

L’association, très active sur les réseaux sociaux, a vivement réagi en qualifiant la manœuvre gouvernementale de « tentative désespérée ». Dans un message publié sur X (ex-Twitter), elle affirme que les responsables du « coup d’État constitutionnel » sont désormais « plongés dans l’angoisse, en attendant leur chute ».

L’ASVITTO rappelle par ailleurs que le Togo a une longue histoire de mépris envers les décisions de la CEDEAO, un fait qu’elle juge « constant et inacceptable ». L’association cite notamment le cas des détenus politiques toujours emprisonnés, malgré les multiples arrêts communautaires exigeant leur libération immédiate.

« Ce qui est constant, c’est leur habitude de ne tenir aucun compte des décisions de la CEDEAO. »

Un appel à la CEDEAO pour mettre fin au « gangstérisme d’État »

L’ASVITTO ne se contente pas de critiquer : elle interpelle directement la CEDEAO. L’association demande à l’organisation régionale de « administrer la thérapie nécessaire contre la pathologie togolaise » afin de faire appliquer l’arrêt n° ECW/CCJ/JUD/01/26, rendu en janvier.

Cet arrêt historique avait déjà conclu que la réforme constitutionnelle de 2024 violait la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Pour l’ONG, il est urgent de « mettre fin à ces pratiques de gangstérisme d’État dans la sous-région ».

Un dialogue politique bloqué et des vies en suspens

Face à un pouvoir qui se retranche derrière des arguments juridiques, la société civile, elle, exige le respect des engagements internationaux du Togo. Le dialogue semble aujourd’hui dans une impasse totale, où chaque camp campe sur ses positions.

Pendant ce temps, les détenus politiques, dont la libération a été maintes fois ordonnée par la CEDEAO, restent incarcérés. Leur sort illustre cruellement l’écart entre les déclarations officielles et la réalité sur le terrain. Leur attente d’une issue concrète s’éternise, loin des débats juridiques et des échanges sur les réseaux sociaux.