Un ancien cadre de PASTEF exprime ses doutes sur le leadership d’Ousmane Sonko au Sénégal
Mon adhésion à PASTEF n’a jamais été motivée par l’obtention d’un poste, de privilèges ou de reconnaissances. J’ai rejoint ce mouvement politique avec une conviction profonde : celle de contribuer activement à l’émergence d’un Sénégal plus équitable, plus transparent et profondément ancré dans l’État de droit.
J’ai vécu les années de combat acharné, marqué par des rassemblements discrets, des tentatives d’intimidation et de nombreux sacrifices. J’ai été témoin de la détermination d’hommes et de femmes prêts à abandonner leur confort, voire leur sécurité, pour défendre un idéal qui nous transcendait tous.
Lorsque notre projet politique a accédé au pouvoir, je croyais sincèrement que le plus difficile était derrière nous. Je pensais que l’heure était enfin venue de gouverner avec sagesse et humilité, dans le respect strict des institutions et au service exclusif du peuple sénégalais. Cependant, mes certitudes se sont progressivement effondrées.
Au fil du temps, j’ai observé que le dialogue interne s’est progressivement refermé. La divergence d’opinions est devenue suspecte, et l’esprit critique, pourtant indispensable à toute structure démocratique, a semblé de moins en moins toléré. Beaucoup ont choisi de se taire, tandis que d’autres ont quitté le navire en silence, parfois par lassitude, parfois par une amère déception.
C’est à ce moment précis que j’ai compris que le danger principal ne venait plus seulement de nos adversaires politiques, mais qu’il pouvait aussi résider dans notre propre mode de fonctionnement interne.
J’ai ensuite constaté une distinction de plus en plus marquée entre deux visions de l’exercice du pouvoir. D’une part, celle d’un Président de la République qui assume les prérogatives que lui confère la Constitution. D’autre part, celle d’une influence politique dont le rayonnement me paraissait dépasser le cadre d’un simple chef de parti.
À mon sens, une telle dualité ne pouvait perdurer sans générer inévitablement des tensions. Le Sénégal n’a pas désigné un homme providentiel, mais a fait le choix de ses institutions républicaines. Dans une République, aucune personnalité, aussi populaire soit-elle, ne devrait, selon ma conviction, supplanter les règles fondamentales qui régissent l’État.
Pendant que les discussions se focalisent sur des individus, les préoccupations quotidiennes des citoyens sénégalais demeurent pressantes : le coût de la vie, l’emploi des jeunes, l’accès à l’éducation et à la santé, le développement agricole et la création de richesses. C’est sur ces enjeux essentiels que l’action publique devrait concentrer tous ses efforts.
Mon engagement n’a jamais été un acte de fidélité envers un homme, mais plutôt un serment d’allégeance à des principes. Les hommes sont éphémères. La République, ainsi que ses institutions, elles, sont immuables.
Et lorsque la loyauté envers une personnalité commence à prendre le pas sur la loyauté envers la République, il devient impératif pour chacun de s’interroger en toute conscience.
Je n’écris pas ces lignes sous l’effet du ressentiment, mais avec une profonde gravité. Je refuse de renoncer aux valeurs fondamentales qui ont guidé mon engagement initial.
Je continuerai à servir le Sénégal avec la même exigence : exprimer ce que je crois juste, défendre les institutions avec conviction et placer l’intérêt national au-dessus de toute considération partisane. L’histoire jugera les hommes, mais la conscience, elle, exerce son jugement à chaque instant.