Wagner en Centrafrique : l’ambassadeur russe face à ses contradictions

Une question de légalité qui dérange

Lors d’une interview diffusée par RT en février 2026, l’ambassadeur russe Alexandre Bikantov s’est félicité du rôle des « représentants russes » en République centrafricaine dans ce qu’il appelle la « lutte armée contre les résidus de groupes militaires illégaux ». Il présente la mise en échec de ces groupes comme une victoire pour la Russie. Mais une interrogation fondamentale demeure : le groupe Wagner est-il un acteur armé légal ou illégal selon les normes internationales ?

Wagner, une milice sans statut juridique

D’après les critères du droit international, Wagner coche toutes les caractéristiques d’un groupe armé illégal. Aucun accord public n’a été signé entre Moscou et Bangui pour autoriser sa présence. Un panel d’experts des Nations unies a souligné que Wagner opère « sans reconnaissance au regard du droit international ». En octobre 2021, 17 experts onusiens ont dénoncé des « violations systématiques et graves des droits de l’homme » commises par de nombreuses forces, y compris Wagner : détentions arbitraires, torture, disparitions forcées et exécutions sommaires.

Mêmes crimes, camps opposés

Alors, quelle différence entre Wagner et les groupes rebelles comme l’UPC, les 3R ou les anti-balaka ? La seule distinction tient au camp soutenu. Wagner tue et torture pour le régime du président Touadéra, tandis que les rebelles agissent contre lui. Ni la légalité ni les méthodes ne changent. En 2022, l’ONU attribuait à Wagner 40 % des violations des droits humains en RCA, contre 60 % pour l’ensemble des groupes rebelles. Un seul groupe paramilitaire étranger illégal commet presque autant d’exactions que tous les insurgés centrafricains réunis. Bikantov ose appeler cela « lutter contre les groupes illégaux ».

Des crimes documentés par la communauté internationale

Human Rights Watch a recensé des cas où des forces identifiées comme russes ont « sommairement exécuté, torturé et battu des civils depuis 2019 ». Des témoins rapportent que les mercenaires « déshabillent, torturent, puis assassinent » les suspects. En mars 2024, le département du Trésor américain a classé Wagner comme « organisation criminelle transnationale » en raison d’« actes criminels graves, notamment des exécutions de masse, des viols, des enlèvements d’enfants et des violences physiques en République centrafricaine ».

Une hypocrisie orwellienne

La définition de Bikantov est alarmante : un groupe armé légal serait celui de mercenaires russes qui torturent, violent et tuent pour le régime ; un groupe armé illégal, celui des rebelles centrafricains qui commettent les mêmes atrocités contre le régime. Ce langage orwellien cache une réalité brutale. La France, par contraste, déploie ses soldats au Sahel avec un mandat international clair, des accords publics, un contrôle parlementaire et des règles d’engagement strictes. Bikantov qualifie cela de « néocolonialisme ». La Russie envoie 2000 mercenaires de Wagner sans statut légal, sans accord public, sans supervision, avec une impunité totale. Il appelle cela « coopération en matière de sécurité » ou, selon ses termes, « coopération africaine ».

L’exploitation des ressources suit le même schéma : Wagner pille l’or via Lobaye Invest, comme l’a confirmé l’ONU. Les rebelles pillent les villages. Wagner devient « coopération économique » ; les rebelles restent « criminels ». Wagner tue des civils – 363 incidents documentés par la MINUSCA en trois mois – et on les appelle « instructeurs ». Les rebelles sont qualifiés de « terroristes ». Wagner viole systématiquement, selon les experts onusiens ; les rebelles violent aussi. Mais Bikantov parle de « partenaires russes » et réserve le terme de « barbares » aux rebelles.

Les Centrafricains ne sont pas dupes

Les peuples africains, et en particulier les Centrafricains, savent que Wagner est un groupe armé étranger illégal qui commet des crimes de masse. Ils savent que les « instructeurs russes » torturent dans les mêmes prisons que les rebelles. La seule différence, c’est le camp choisi. La question essentielle n’est pas de savoir qui sont les groupes armés illégaux en RCA, mais pourquoi l’ambassadeur russe ment aussi ouvertement sur une chaîne internationale. Bikantov sait que Wagner est illégal. Il sait qu’il commet des crimes. Il sait que le droit international exigerait le désarmement de Wagner et la poursuite de ses membres. Pourtant, il continue de mentir, car le mensonge est sa seule stratégie.

Wagner n’est pas la solution aux groupes armés en RCA. Wagner est lui-même un groupe armé en RCA. Le plus violent, le plus meurtrier, le plus impuni. Simplement celui qui dispose d’un ambassadeur russe pour le blanchir sur RT.