Accord de partenariat économique : le Cameroun baisse fortement ses droits de douane sur les produits européens
Un communiqué du ministre camerounais en charge des Finances, Louis Paul Motazé, officialise une baisse significative des droits de douane sur les produits importés d’Europe et du Royaume-Uni. Cette décision s’inscrit dans le cadre de l’Accord de partenariat économique (APE), un dispositif visant à renforcer les échanges entre Yaoundé, l’Union européenne (UE) et la Grande-Bretagne. La mesure cible spécifiquement le troisième groupe de produits stratégiques pour les recettes fiscales du pays. Le calendrier retenu prévoit une réduction annuelle de 10% des tarifs douaniers, aboutissant à leur suppression totale en 2030.
Les secteurs concernés par cette libéralisation progressive incluent les véhicules utilitaires, les carburants, les ciments, les peintures et les emballages industriels. Cette initiative prolonge une dynamique déjà engagée pour les deux premiers groupes de produits. Depuis août 2023, les biens du deuxième groupe, comme les plâtres, les clinkers, les camions, les remorques et les groupes électrogènes, sont importés sans droits de douane. Quant au premier groupe, regroupant notamment les produits pharmaceutiques, les engrais, les pesticides, les ordinateurs, le gaz ou encore les tracteurs, il bénéficie de cette exonération depuis août 2019.
Un impact fiscal maîtrisé malgré les craintes initiales
Lors de leur mise en place, les APE étaient redoutés pour leur potentiel impact négatif sur les finances publiques camerounaises. Pourtant, les données officielles révèlent une perte annuelle moyenne de 10 milliards de FCFA sur dix ans, soit un total d’environ 103 milliards de FCFA. Un montant conséquent, mais jugé gérable au vu de l’évolution globale des recettes douanières du Cameroun. En 2023, pour la première fois, ces recettes ont dépassé le seuil symbolique des 1 000 milliards de FCFA.
Cette hausse paradoxale coïncide avec l’effondrement des droits de douane sur les importations européennes. Elle s’explique principalement par une diversification des partenaires commerciaux du Cameroun, notamment vers l’Asie. Cette stratégie a permis de compenser la baisse des recettes issues des échanges avec l’Europe par un élargissement de l’assiette fiscale grâce à de nouveaux flux commerciaux.
La Chine, principale bénéficiaire inattendue de l’APE
L’ironie de cette situation réside dans le fait que la préférence tarifaire accordée aux produits européens n’a pas freiné l’ascension commerciale de la Chine. Depuis 2013, Pékin est à la fois le premier client et le premier fournisseur du Cameroun. Cette domination s’est encore renforcée ces dernières années, comme le confirme le rapport 2024 sur la compétitivité de l’économie camerounaise.
Les chiffres sont révélateurs : entre 2016 et 2024, la part de marché chinoise dans le segment des machines et équipements est passée de 23,8% à 52,5%, soit une progression de 28,7 points. Dans le même temps, la part de l’UE a chuté de 50,1% à 29,3% en 2023, avant de remonter légèrement à 32,3% en 2024. Un recul de près de 20 points qui interroge sur l’efficacité réelle de la préférence tarifaire en faveur des industriels européens face à la compétitivité des prix chinois.
Une concentration des avantages fiscaux entre les mains de quelques acteurs
Une analyse de la répartition des bénéfices issus de l’APE révèle une autre faille structurelle. Au 31 décembre 2023, seulement 5% des 1 021 entreprises ayant profité des tarifs préférentiels ont capté 75% des avantages fiscaux accordés. Cette disparité s’observe également en fonction de la taille des entreprises : 80% des gains reviennent aux grandes entreprises, tandis que les PME n’en bénéficient que pour 20%. Cette concentration reflète à la fois la structure des importations formelles au Cameroun et les inégalités d’accès aux procédures douanières préférentielles.
Le Comité de compétitivité souligne par ailleurs que « les 50 premières entreprises ayant recours au tarif préférentiel de l’APE sont majoritairement issues des secteurs industriel et commercial ». À quatre ans de l’exonération totale prévue pour 2030, la question dépasse désormais le simple cadre douanier. Elle interroge sur la capacité des autorités camerounaises à concilier le maintien d’un partenariat historique avec l’Europe et l’adaptation à une économie où la Chine dicte désormais le rythme. Cette recomposition commerciale alimente déjà les débats sur l’éventuelle révision de l’accord.