Fédéralisme au Cameroun : un retour possible vers le passé ?
La question du fédéralisme refait surface au Cameroun, nourrie par des décennies de tensions et de revendications dans les régions anglophones. Depuis l’indépendance en 1961, le pays a basculé d’un système fédéral vers une unité centralisée, laissant derrière elle des frustrations durables. Aujourd’hui, certains acteurs politiques et sociaux plaident pour un retour à une gouvernance décentralisée, espérant apaiser les divisions internes.
Un système fédéral dans l’histoire du Cameroun
Le Cameroun a connu une organisation fédérale entre 1961 et 1972, lorsqu’il s’est unifié avec le Cameroun britannique et le Cameroun français. À l’époque, ce modèle permettait une certaine autonomie aux deux entités, notamment aux provinces anglophones. Cependant, en 1972, le président Ahmadou Ahidjo a proposé un référendum pour adopter une constitution unitaire, mettant fin à cette structure. Depuis, le pays fonctionne sous un régime centralisé, malgré les appels récurrents à plus de décentralisation.
Les défis d’un retour au fédéralisme
Plusieurs obstacles se dressent sur la voie d’un éventuel retour au fédéralisme. D’abord, la résistance politique est forte. Le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a toujours privilégié une gouvernance centralisée. Ensuite, les divisions internes, notamment les tensions dans les régions anglophones, compliquent toute réforme structurelle. Enfin, la question de l’équilibre des pouvoirs entre les régions et le gouvernement central reste un sujet épineux, suscitant des débats houleux.
Les espoirs portés par le dialogue national
En 2019, un dialogue national a été organisé pour tenter de résoudre la crise anglophone. Bien que certains y aient vu une opportunité pour discuter d’une éventuelle réforme constitutionnelle, les résultats ont été limités. Les séparatistes n’ont pas participé, et les propositions de fédéralisme n’ont pas abouti. Pourtant, cette initiative a relancé le débat sur la nécessité d’une meilleure répartition des compétences entre Yaoundé et les régions.
Les arguments en faveur du fédéralisme
- Une meilleure représentation des minorités et des régions anglophones.
- Une répartition plus équitable des ressources et des investissements.
- Une réduction des tensions en accordant plus d’autonomie aux provinces.
Les craintes liées à cette réforme
- Un risque de fragmentation accrue du pays.
- Des difficultés à harmoniser les législations régionales avec celle du gouvernement central.
- L’opposition des partisans d’une unité nationale forte et indivisible.
Le Cameroun se trouve donc à un carrefour. La question du fédéralisme divise autant qu’elle unit, et aucune décision définitive n’a encore été prise. Pourtant, avec les tensions persistantes dans les régions anglophones, le débat reste plus que jamais d’actualité. Seule une volonté politique forte et un dialogue inclusif pourront déterminer si le pays peut envisager un retour à ce modèle historique.