Alliance djihadistes et séparatistes : une menace grandissante pour le Mali

Une coalition inattendue défie la junte malienne

Depuis des années, le Mali fait face à une menace djihadiste grandissante dans le nord du pays. Pourtant, une nouvelle alliance, aussi surprenante que préoccupante, a émergé en 2026 : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste touareg, ont uni leurs forces pour attaquer plusieurs villes stratégiques.

Leur objectif ? Prendre le contrôle de zones clés comme Tessalit et Kidal, des localités reprises en 2023 par l’armée malienne et ses alliés russes de l’Africa Corps. Cette coopération, inédite, marque un tournant dans le conflit malien, rappelant les heures sombres de 2012.

Un rapprochement impensable entre ennemis idéologiques

Traditionnellement opposés, le JNIM et le FLA ont trouvé un terrain d’entente pour contrer un ennemi commun : la junte militaire au pouvoir depuis 2020. Selon Ibrahim Yahaya Ibrahim, directeur adjoint du projet Sahel à l’International Crisis Group, cette alliance est « d’une ampleur inégalée », surprenant même les observateurs les plus aguerris.

Pourtant, en décembre 2025, les dialogues entre ces groupes semblaient impossibles. Le JNIM, prônant l’instauration de la charia, et le FLA, à visée laïque, avaient peu de points communs. Cependant, le journaliste Wassim Nasr, spécialiste des mouvements djihadistes, révèle qu’un rapprochement était en discussion depuis près d’un an. Une entente aurait été conclue, permettant au JNIM de laisser certaines zones urbaines au FLA en échange d’un contrôle des zones rurales.

Une pression politique pour un nouveau dialogue national

Les attaques récentes, y compris dans le sud et le centre du pays, visent à affaiblir l’armée malienne et ses alliés. Bamako, Mopti, Sévaré et Gao sont désormais sous tension, tandis qu’un blocus partiel du carburant sévit dans la capitale depuis septembre 2026. Ces actions ne cherchent pas à renverser la junte, mais à la pousser vers des négociations.

La junte, qui a abandonné les accords de paix de 2015 en 2024, a qualifié les séparatistes de « terroristes ». Cette décision a radicalisé une partie de la population touarègue, autrefois favorable à un compromis. Aujourd’hui, djihadistes et séparatistes partagent un même adversaire, créant une dynamique inédite dans la région.

Vers un État islamique sans renversement de la junte ?

Selon Adib Bencherif, professeur en sciences politiques et spécialiste des conflits au Sahel, cette alliance pourrait être une stratégie pour le JNIM : obtenir un contrôle territorial sans imposer la charia de manière radicale. Une approche similaire à celle d’Hayat Tahrir al-Cham en Syrie, qui a évolué d’un groupe djihadiste extrême à un acteur politique incontournable.

Pour le FLA, l’objectif reste une autonomie accrue, voire une indépendance, comme le prévoyait l’accord de paix de 2015. Les violences commises par les mercenaires russes de l’Africa Corps (ex-Wagner) lors de la reconquête de Kidal en 2023 ont accéléré cette radicalisation.

Un gouvernement malien affaibli et isolé

La junte malienne, dirigée par Assimi Goïta, fait face à une crise sans précédent. La mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, lors des premiers affrontements, a fragilisé sa position. Malgré les soutiens limités de l’Alliance des États du Sahel (composée du Burkina Faso et du Niger), la junte peine à maintenir son récit de victoire.

« Le discours guerrier de la junte s’essouffle », explique Adib Bencherif, qui a récemment échangé avec des chercheurs et des citoyens au Sénégal. « Les Maliens expriment une lassitude et une peur grandissantes. Ils sont prêts à discuter pour une stabilité durable, mais la junte reste enfermée dans son récit de puissance. »

Un scénario à éviter : l’échec des négociations

Comme en 2012, la force seule ne peut résoudre un conflit aussi complexe. Pourtant, la junte malienne, qui a justifié son coup d’État par la lutte contre les djihadistes et les séparatistes, peine désormais à convaincre. Les citoyens, bien que certains soutiennent encore le régime, commencent à critiquer ouvertement cette politique. Le temps des négociations semble venir, mais la junte saura-t-elle s’adapter à ce nouveau paradigme ?