Le Niger et Orano : un bras de fer sur l’uranium qui paralyse le marché international
Mine d’uranium de Cominak (près d’Arlit, au Niger), le 8 mars 2023, quand elle était encore exploitée par Orano.

Au cœur de l’Afrique subsaharienne, le Niger est le théâtre d’une confrontation majeure autour de l’exploitation de l’uranium. Ce conflit oppose la junte militaire, au pouvoir depuis juillet 2023, au géant français Orano, mettant en lumière les tensions persistantes entre l’ancienne puissance coloniale et les peuples africains désireux de réaffirmer leur souveraineté économique.

Le gouvernement dirigé par Abdourahamane Tiani a marqué sa volonté d’indépendance en décrétant, en juin 2025, la nationalisation forcée de la Somaïr, une filiale clé d’Orano. Dans la foulée, Niamey a annoncé son intention de commercialiser son uranium directement sur le marché international. En réponse, le groupe Orano a initié plusieurs actions judiciaires, transformant cette situation en un véritable bras de fer légal.

Le gisement d’Imouraren au centre des débats

Ces procédures judiciaires sont perçues par le Niger comme un « harcèlement », selon les déclarations du colonel Ousmane Abarchi, ministre des Mines, à la télévision nationale le 4 mai 2026. Le pays ambitionne d’exporter plus de 1 800 tonnes de yellow cake (concentré d’uranium), d’une valeur estimée à 380 millions de dollars, produites par la Somaïr depuis 2023. Cependant, aucune vente n’a pu être finalisée à ce jour en raison de ces entraves juridiques.

Ousmane Abarchi a précisé qu’Orano avait lancé « au moins une dizaine de procédures » contre l’État du Niger. Ces actions contestent notamment la nationalisation de la Somaïr et la légalité du retrait du permis d’exploitation de la mine d’Imouraren en 2024. Ce gisement représente un enjeu stratégique majeur dans cette crise.

Orano, de son côté, a confirmé avoir engagé quatre procédures d’arbitrage. L’une d’elles a déjà abouti à une décision favorable au groupe, qui « interdit au gouvernement nigérien de toucher aux stocks » de la Somaïr, complexifiant davantage la vente uranium Niger.

Ouverture et fermeté de Niamey

Malgré les obstacles, le ministre Ousmane Abarchi a révélé que « certaines sociétés et certains pays » ont manifesté leur intérêt pour les stocks nigériens d’uranium. Toutefois, les questions d’arbitrage et de procédure découragent souvent ces potentiels acheteurs. Le Niger reste néanmoins « en train de discuter » avec des partenaires « sérieux », une information africaine cruciale pour l’économie du pays.

Par ailleurs, les autorités nigériennes n’ont « pas été saisies officiellement d’une démarche » de dialogue qu’Orano aurait souhaité engager en février dernier. Cette absence de communication formelle souligne la difficulté à trouver un terrain d’entente.

Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a quant à lui proposé d’« envoyer » à la France la centaine de tonnes d’uranium trouvée sur le site de la Somaïr au moment de sa prise de pouvoir. Il a réaffirmé avec fermeté que « tout ce qui a été produit par la suite est nigérien et le restera », marquant ainsi la position du Niger sur la gestion de ses ressources et son rôle dans la coopération africaine pour une Africa Solidaire.