Biashara Afrika 2026 : Lomé confronté à son paradoxe migratoire après un incident aux frontières

Le forum Biashara Afrika 2026 à Lomé a débuté sous les auspices de l’intégration africaine, mais c’est un incident aux frontières qui a retenu l’attention des participants. Deux investisseurs, munis de passeports de la CEDEAO, se sont vu refuser l’entrée au Togo malgré leurs documents valides. Une situation qui a mis en lumière les contradictions entre les discours officiels et la réalité administrative africaine.

Quand le passeport africain devient un handicap pour les investisseurs

Lors de l’ouverture du forum, la ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Dr Jumoke Oduwole, a partagé une anecdote révélatrice. Deux hommes d’affaires nigérian et ghanéen, récemment arrivés d’Europe, se sont heurtés à un refus d’entrée au Togo. Leur seul tort ? Présenter des passeports nationaux de la CEDEAO, censés garantir la libre circulation depuis des décennies.

Pour contourner cette obstruction, ils ont dû recourir à une solution d’urgence : utiliser un passeport européen. « Un Européen ne serait jamais contraint de demander un visa avec un passeport africain au sein de l’Union européenne, alors pourquoi cette règle s’applique-t-elle ici ? », s’est interrogée la ministre, soulignant l’absurdité de la situation.

Cette expérience a d’ailleurs dissuadé l’un des investisseurs de poursuivre ses projets au Togo, illustrant comment ces blocages administratifs freinent l’attractivité économique du continent.

Lomé, hub régional autoproclamé, piégé par ses propres règles

Le Togo, qui se présente comme une plateforme logistique et financière majeure en Afrique de l’Ouest, a vu son image écornée en direct. Le contraste est saisissant : un Africain doit brandir un passeport européen pour entrer rapidement, tandis que le passeport de la CEDEAO semble presque ignoré. Ces pratiques sapent la crédibilité du pays et, plus largement, celle de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Pourtant, la ZLECAf promet un marché unique de 1,4 milliard de consommateurs et un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars. Mais ces ambitions se heurtent à des réalités administratives qui transforment les frontières en barrières infranchissables.

Faure Gnassingbé lance un ultimatum : 48 heures pour corriger l’erreur

Face à cette révélation publique, le président togolais Faure Gnassingbé a choisi une réaction immédiate. Conscient que l’incident risquait de nuire à la réputation du forum et du pays, il a imposé un délai strict à son ministre de la Sécurité : résoudre cette anomalie sous 48 heures.

Cette décision marque un tournant dans la gestion des frontières au Togo. Plutôt qu’une enquête bureaucratique, le chef de l’État a opté pour une solution expéditive, soulignant l’urgence de réformer les pratiques migratoires pour les aligner sur les objectifs panafricains.

ZLECAf : des promesses économiques mises à mal par des barrières administratives

Les réactions des acteurs présents au forum ont été unanimes. Un économiste ivoirien a qualifié l’incident de « signal d’alarme », rappelant que sans libre circulation des personnes, la ZLECAf restera une coquille vide. Un entrepreneur ghanéen a abondé dans le même sens : « Si les investisseurs doivent brandir un passeport européen pour travailler en Afrique, alors l’intégration n’est qu’un slogan sans fondement. »

Au-delà de l’anecdote, l’affaire révèle un paradoxe africain : les discours sur l’unité continentale se heurtent à des pratiques contraires. Des solutions existent pourtant : harmonisation des visas, digitalisation des procédures frontalières, et surtout, une volonté politique sans faille pour concrétiser les engagements.

À Lomé, l’Afrique a appris une leçon amère : un simple tampon mal apposé peut coûter des millions en opportunités perdues. La balle est désormais dans le camp des gouvernements pour transformer les promesses en actions concrètes.