Burkina Faso : l’écart entre les slogans et la réalité financière
Le ministre Aboubakar Nacanabo a signé un nouvel accord de financement avec la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC) à Bakou. Cet accord porte sur le carburant, les céréales, les engrais et le soutien aux petites et moyennes entreprises, apportant une injection de liquidités dans l’économie burkinabè. Une bouffée d’oxygène pour le marché national, mais un sérieux rappel à la réalité pour l’opinion publique.
Cette signature, qui passe souvent inaperçue loin des caméras locales, est pourtant cruciale pour le quotidien des Burkinabè. En scellant ce partenariat en Azerbaïdjan, le gouvernement sécurise l’approvisionnement en produits de première nécessité. Sans cet argent, il serait difficile de maintenir les stocks d’engrais pour les campagnes agricoles ou de stabiliser les prix à la pompe.
Cependant, cette transaction interroge. Depuis quelque temps, un discours officiel bien rodé clame que le Burkina Faso se développe « sur fonds propres », avec le slogan « y’a pas crédit dedans ». Une rhétorique d’autosuffisance qui séduit, mais qui se heurte à la dure réalité de la géopolitique économique. Comment un pays qui affirme haut et fort pouvoir se passer de l’aide extérieure se retrouve-t-il à signer des accords de financement aussi massifs à des milliers de kilomètres de Ouagadougou ?
L’illusion du « zéro dette » est confortable, mais elle cache un effet de boomerang redoutable. En refusant de regarder en face cette dépendance financière, une grande partie de la population ne mesure pas encore le niveau d’endettement réel du pays. Demain, le réveil risque d’être brutal : le Burkina Faso pourrait bien se retrouver tout aussi étranglé par la dette qu’il ne l’était par le passé, les slogans en plus.
L’économie a ses lois que la politique ne peut pas feinter. Financer le développement par l’effort national est une ambition noble, mais pour l’instant, le quotidien des Burkinabè dépend encore, pour beaucoup, de la signature de ces accords internationaux.