Burkina Faso : les journalistes soumis à une formation militaire imposée par la junte

Une semaine sous l’uniforme pour les professionnels des médias

Quarante-deux journalistes burkinabè, issus de rédactions publiques et privées, viennent de terminer une formation militaire d’une semaine organisée par les autorités. Présentée comme une « immersion patriotique », cette initiative devient désormais annuelle. Dans un contexte marqué par une insécurité croissante due aux attaques djihadistes, cette mesure s’ajoute à d’autres dispositifs déjà contraignants, comme l’obligation imposée l’an dernier aux nouveaux bacheliers de suivre un entraînement similaire.

Cette décision suscite des interrogations parmi les défenseurs des droits de la presse. En effet, plusieurs journalistes burkinabè ont déjà été réquisitionnés de force pour participer aux combats, tandis que la liberté de la presse subit une pression accrue de la part du régime en place. Le cas de Serge Oulon, toujours détenu depuis son enlèvement à Ouagadougou il y a deux ans, illustre cette tendance inquiétante.

Une formation axée sur les valeurs militaires et l’engagement patriotique

La formation s’est tenue à l’Académie de police de Pabré, située à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Une vidéo diffusée par les médias d’État montre le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, s’adresser aux participants en tenue de combat, fusil en main. À sa question « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? », les journalistes ont répondu à l’unisson, au garde-à-vous : « Affirmatif ! »

Le ministre a poursuivi en déclarant : « Un journaliste professionnel et non patriote représente une menace. Un journaliste professionnel, patriote mais non engagé, est un simple spectateur dans une période où s’écrivent les plus belles pages de l’histoire de son pays. »

De son côté, Lassina Traoré, directeur général de l’Académie de police, a justifié cette initiative par la nécessité d’« imprégner [les journalistes] des réalités opérationnelles et des valeurs qui guident au quotidien les forces de défense et de sécurité ».

Les défenseurs de la liberté de la presse dénoncent une instrumentalisation

Les associations de défense des droits des journalistes expriment leur inquiétude face à cette militarisation de la profession. « Les journalistes ne sont pas des soldats et ne doivent pas être transformés en outils de propagande de guerre, vêtus d’uniformes et armés », a réagi Sadibou Marong, représentant de l’ONG Reporters sans frontières (RSF).

Cette mesure interroge sur l’équilibre entre sécurité nationale et respect des libertés fondamentales, alors que le Burkina Faso fait face à une crise sécuritaire sans précédent.