Confrontation politique à Kinshasa sur la réforme constitutionnelle
confrontation politique à Kinshasa sur la réforme constitutionnelle
Quelques heures après la fin de la « journée ville morte » décrétée par les partis d’opposition regroupés sous la bannière de la Coalition Article 64, Kinshasa affichait un visage contrasté. Dans certains quartiers, l’activité économique a repris avec lenteur, tandis que d’autres zones restaient sous le coup d’un calme inhabituel, sous haute surveillance des forces de l’ordre.
Cette mobilisation exceptionnelle, organisée pour protester contre le projet de réforme constitutionnelle porté par le président Félix Tshisekedi, a été présentée par l’opposition comme un succès populaire. Pourtant, le camp présidentiel minimise l’ampleur de l’événement et réaffirme sa détermination à mener à terme le processus de modification institutionnelle.
une capitale paralysée sous tension sécuritaire
Dès les premières heures de la journée, la présence massive des forces de sécurité a fortement influencé le déroulement des activités dans la capitale congolaise. De nombreux habitants ont choisi de rester chez eux, par crainte de débordements ou en raison des restrictions de circulation imposées.
« Ici, c’est le désert. Les commerces sont fermés, les écoles aussi. Personne ne veut que la Constitution soit modifiée. Si nous n’avions pas suivi l’appel, nous serions contraints de travailler normalement. Mais le peuple refuse ce changement. », confie un habitant du quartier Matete.
Un autre témoin de la situation décrit un climat de tension palpable :
« Dans mon secteur, les militaires et policiers sont partout. Impossible de circuler librement. Les routes sont désertes, les motos-taxis ont disparu. La ville est à l’arrêt complet. Les boutiques ne sont pas ouvertes, et ceux qui tentent de sortir sont rapidement dispersés. »
l’opposition présente un bilan triomphant
À l’issue de la journée de protestation, les dirigeants de la Coalition Article 64 ont dressé un bilan qu’ils qualifient d’historique. Selon eux, la mobilisation a rencontré un écho sans précédent auprès de la population kinoise, et ils appellent déjà à de nouvelles actions pour faire obstacle au projet présidentiel.
Prince Epenge, porte-parole de la plateforme Lamuka, n’a pas hésité à qualifier le mouvement de désaveu cinglant envers le chef de l’État :
« La population de Kinshasa a répondu massivement à notre appel. En restant chez eux, les citoyens ont clairement exprimé leur rejet de la volonté du président Tshisekedi de modifier la Constitution pour s’accrocher au pouvoir. Il est temps pour lui d’entendre ce message fort et sans ambiguïté. »
le pouvoir maintient sa feuille de route constitutionnelle
Une analyse que rejette catégoriquement la majorité présidentielle. Christian Lumu Lukusa, vice-président de la Ligue des jeunes de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a balayé d’un revers de main les revendications de l’opposition.
« Malgré les appels à la violence lancés par certains leaders de l’opposition, le peuple n’a pas cédé à la psychose. La ville de Kinshasa est pleinement active, et les activités se poursuivent normalement. », a-t-il affirmé avec conviction.
Le responsable a réaffirmé la volonté inébranlable de son parti de finaliser la réforme constitutionnelle, présentée comme une nécessité pour moderniser les institutions du pays.
« Le projet de réforme de la Constitution sera maintenu, car il répond à une exigence nationale et à l’impérieuse nécessité de moderniser nos structures institutionnelles. », a-t-il déclaré sans équivoque.
le référendum, prochain point de friction
Christian Lumu Lukusa a confirmé que la réforme devra être soumise à référendum, en conformité avec la loi adoptée par l’Assemblée nationale le 27 mai dernier. Une décision qui, selon lui, s’inscrit dans une logique de légitimité démocratique.
Cependant, l’opposition continue de dénoncer cette initiative, la qualifiant de manœuvre anticonstitutionnelle. Ce désaccord profond entre les deux camps laisse présager de nouvelles tensions politiques dans les semaines à venir, alors que la confrontation autour de la réforme constitutionnelle s’intensifie.