Crise carburant au Mali paralyse les missions humanitaires
Au Mali, une pénurie de carburant sans précédent, aggravée par des blocus djihadistes sur les axes routiers stratégiques, plonge le pays dans une crise humanitaire majeure. Cette situation critique perturbe gravement la vie quotidienne des populations et paralyse les missions des organisations humanitaires, déjà fragilisées par des années d’insécurité et de famine.
des régions entières isolées par le manque de carburant
Selon l’OCHA, les difficultés d’approvisionnement en carburant ralentissent considérablement les interventions humanitaires dans plusieurs zones du centre et du sud du Mali, notamment autour de Ségou, San, Koutiala, Mopti et Bandiagara. Ces régions, essentielles pour relier Bamako au nord du pays, sont de plus en plus exposées à l’insécurité croissante.
Les partenaires humanitaires voient leurs missions réduites à leur strict minimum. Les cliniques mobiles, par exemple, ne peuvent désormais opérer qu’à moins de dix kilomètres de leurs bases. Les mouvements sont entravés par des braquages, des contrôles irréguliers et des restrictions de circulation, forçant certaines organisations à suspendre temporairement leurs activités.
un blocus djihadiste qui asphyxie le pays
Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, bloque les importations de carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Ces deux pays constituent les principales portes d’entrée des biens importés, une situation qui aggrave encore la crise énergétique et alimentaire au Mali. Bamako et la majorité des régions du pays sont désormais touchées, plongeant les populations dans une précarité alarmante.
Léré, une ville coupée du monde
Dans la région de Tombouctou, la ville de Léré, située près de la frontière mauritanienne, est soumise depuis le 27 octobre à un accès restreint imposé par des groupes armés. Cette mesure a provoqué des déplacements massifs de populations vers des zones plus sûres.
D’après un rapport de l’OCHA sur l’accès humanitaire au Mali pour le mois d’octobre, « hormis les acteurs humanitaires déjà présents sur place, aucun autre intervenant ne peut accéder à la localité ». Le document recense une cinquantaine d’incidents d’accès au cours du mois, soit une hausse de 13 % par rapport à septembre. Les engins explosifs improvisés représentent le principal danger, avec 28 cas signalés. Trois attaques directes contre des humanitaires ont été enregistrées, ainsi que neuf enlèvements, principalement dans les régions de Ségou et Gao.
À Douentza, deux agents humanitaires ont perdu la vie lors du chavirage d’une embarcation sur le fleuve Niger, près du village de Kagnimé. Le rapport souligne que « ces violences compromettent la sécurité du personnel et ralentissent les opérations sur le terrain ». Il ajoute que « le contexte reste imprévisible » et que « les contraintes logistiques, notamment liées au carburant, aggravent les difficultés d’accès aux populations dans le besoin ».
une situation politique de plus en plus répressive
Cette crise humanitaire s’inscrit dans un contexte politique marqué par une répression accrue. Depuis le coup d’État de 2020 mené par le général Assimi Goïta, le pouvoir s’est considérablement renforcé. Les élections présidentielles ont été indéfiniment reportées, et tous les partis politiques ont été dissous en mai 2025. En juillet, une loi a été adoptée, permettant au général de prolonger son mandat « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays ».
Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a dénoncé cette situation, qualifiant de « fermeture de la porte à toute élection démocratique dans un avenir prévisible » et d’« instrumentalisation de la loi contre l’expression de la dissidence ». Les arrestations d’opposants et de simples citoyens se multiplient, comme celle de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, condamné en août à une peine de prison pour « atteinte à la crédibilité de l’État ».
Parallèlement, les violences armées s’intensifient. Les attaques des groupes djihadistes affiliés au GSIM et à Daech ciblent de plus en plus le centre et le nord du pays, notamment à la frontière avec le Burkina Faso et le Niger. Depuis avril, le bureau de Volker Türk recense « des centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées » commises par l’ensemble des parties au conflit.
une crise humanitaire d’une ampleur alarmante
Dans ce contexte déjà explosif, plus de 6,4 millions de Maliens ont besoin d’assistance humanitaire, dont 3,5 millions d’enfants. Le pays compte également plus de 400 000 déplacés internes et 335 000 réfugiés dans les pays voisins. Selon un rapport de l’ONU, le Mali figure parmi les six crises alimentaires les plus graves au monde, aux côtés de la Palestine, du Soudan du Sud et du Yémen. La situation se détériore rapidement, notamment dans les zones les plus vulnérables, en raison du désengagement progressif de la communauté internationale.
un afflux massif de réfugiés burkinabés
La pression s’accentue également dans le cercle de Koro, à la frontière avec le Burkina Faso. Depuis avril, près de 50 000 réfugiés burkinabés ont franchi la frontière, doublant ainsi la population réfugiée locale. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) indique que cette affluence met à rude épreuve les capacités d’accueil des communautés hôtes.
Pour répondre à cette crise, le HCR a ouvert un bureau de terrain à Koro le 16 octobre, afin d’améliorer la coordination et accélérer les interventions humanitaires. Aujourd’hui, le Mali accueille plus de 150 000 réfugiés en provenance du Burkina Faso et du Niger, fuyant les violences djihadistes et les opérations militaires ciblant les groupes armés.