Crise dans l’est de la rdc : le manque de fonds de l’ONU handicape la commission d’enquête

Lors de la soixante-deuxième session du Dialogue interactif renforcé à Genève, la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme au Nord-Kivu et au Sud-Kivu a présenté ses premiers constats. Pour la première fois depuis sa création, cette structure onusienne a détaillé les obstacles majeurs auxquels elle est confrontée, notamment dans un contexte déjà marqué par une insécurité persistante et des défis sanitaires.

Une mission entravée par les réalités du terrain et les restrictions budgétaires

Bien que la Commission ait mené des consultations approfondies à Kinshasa auprès de divers acteurs – victimes, défenseurs des droits humains, société civile, représentants gouvernementaux, diplomates et entités de l’ONU –, son accès aux zones les plus critiques comme Goma reste compromis. Les violences en cours et les conditions sanitaires défavorables limitent considérablement ses déplacements.

À ces contraintes logistiques s’ajoutent des difficultés financières majeures, directement imputables aux restrictions budgétaires imposées à l’Organisation des Nations Unies. Ces restrictions impactent directement la capacité opérationnelle de la Commission, notamment :

  • le déploiement des équipes d’enquête ;
  • les moyens d’interprétation et d’analyse ;
  • le financement des missions sur le terrain ;
  • la présence continue dans les zones de conflit.

Un engagement maintenu malgré les obstacles

Malgré ces défis, la Commission réaffirme sa détermination à accomplir son mandat avec indépendance, rigueur et professionnalisme. Son président, Arnauld Akodjenou, a souligné l’urgence d’agir face aux souffrances rapportées, exigeant des enquêtes approfondies et une réponse internationale coordonnée.

Il a rappelé aux parties prenantes – groupes armés, forces gouvernementales et acteurs internationaux – leur obligation de garantir un accès humanitaire sans entrave aux populations vulnérables : femmes, enfants, personnes âgées, handicapées et déplacées. L’accès des travailleurs humanitaires, des médecins et des défenseurs des droits de l’homme doit être sécurisé pour permettre une assistance efficace, y compris dans la lutte contre la résurgence d’Ebola.

Protection des victimes et des témoins : une priorité absolue

La Commission a insisté sur la nécessité de protéger les victimes, les témoins et les collaborateurs des mécanismes onusiens contre toute forme de représailles ou d’intimidation. Arnauld Akodjenou a mis en garde :

« Aucune personne ne doit subir de pressions, de menaces ou de sanctions pour avoir partagé des informations avec la Commission. Notre travail repose sur la confiance des populations, et celle-ci doit être préservée à tout prix. »

Un mandat clair et des responsabilités partagées

Créée en février 2025 par le Conseil des droits de l’homme à l’issue d’une session extraordinaire dédiée à la République démocratique du Congo, la Commission a pour mission d’enquêter sur :

  • les violations présumées des droits humains et du droit international humanitaire ;
  • les violences sexuelles et sexistes ;
  • les crimes contre des personnes déplacées ou réfugiées ;
  • les crimes internationaux dans le cadre de l’escalade des conflits depuis janvier 2025.

Son rôle est crucial pour établir les faits, préserver les preuves, identifier les responsables et analyser les causes profondes de la violence cyclique qui déchire l’est du pays. Comme l’a rappelé Arnauld Akodjenou :

« Le Conseil nous a confié une mission essentielle : établir la vérité, documenter les atrocités et œuvrer pour que justice soit rendue. Ce travail commence maintenant, et il doit se poursuivre sans relâche. »