Crise humanitaire en afrique de l’ouest et du centre : urgence alimentaire et financements en baisse
Crise humanitaire en Afrique de l’Ouest et du Centre : des millions de vies menacées par la faim
L’escalade des violences et les coupes budgétaires plongent la région dans une urgence alimentaire sans précédent. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), 55 millions d’habitants, dont plus de 13 millions d’enfants, risquent de sombrer dans une famine critique dès cet été. Une situation alarmante qui s’aggrave chaque jour, mettant en péril des communautés entières à travers l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Un appel urgent à l’aide internationale
Pour éviter un désastre humanitaire, le PAM lance un cri d’alarme : 453 millions de dollars sont nécessaires d’urgence au cours des six prochains mois. Sans ces fonds, des millions de personnes pourraient ne plus avoir accès à une alimentation suffisante, aggravant une crise déjà critique.
Les projections révèlent que plus de trois millions de personnes seront confrontées cette année à une insécurité alimentaire de niveau d’urgence (phase 4 de l’IPC), soit plus du double des 1,5 million enregistrés en 2020. Quatre pays concentrent l’essentiel des difficultés : le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger. Parmi eux, le Nigeria est particulièrement touché, avec 15 000 personnes dans l’État de Borno menacées par une famine catastrophique (phase 5 de l’IPC), une première depuis près de dix ans.
Des pays sous haute tension : Mali, Nigéria, Cameroun
L’Afrique de l’Ouest et du Centre subit une combinaison dévastatrice : conflits armés, déplacements massifs de populations et effondrement économique. Ces facteurs, couplés à la baisse drastique des aides humanitaires, ont poussé les communautés au-delà de leur seuil de résistance.
Au Mali, la réduction des rations alimentaires a entraîné une hausse de 64 % de la famine aiguë dans certaines zones. Dans les régions où les distributions sont maintenues, la situation s’améliore légèrement (-34 %). Pourtant, 1,5 million de Maliens restent exposés à une crise alimentaire majeure, aggravée par l’insécurité persistante qui entrave les approvisionnements.
Au Nigeria, le manque de financements en 2025 a forcé le PAM à réduire ses programmes nutritionnels, touchant plus de 300 000 enfants. La malnutrition, passée de « grave » à « critique » dans plusieurs États du nord, menace désormais la survie des populations. En février 2026, seulement 72 000 personnes pourront être assistées, contre 1,3 million un an plus tôt.
Au Cameroun, plus de 500 000 personnes risquent de se retrouver privées d’aide vitale si les fonds d’urgence ne sont pas débloqués rapidement.
13 millions d’enfants au bord de la famine
Le PAM alerte : 13 millions d’enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre risquent de souffrir de malnutrition sévère en 2026. Une situation qui expose les jeunes générations à des risques de mortalité accrus et compromet leur développement à long terme. Jean Martin Bauer, directeur de l’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition au PAM, souligne l’urgence d’agir : « Le classement IPC 5 dans l’État de Borno au Nigeria signifie un risque immédiat de mortalité. Les gens meurent de faim. Nous devons garantir que l’aide parvienne aux plus vulnérables. »
Face à cette crise, le PAM insiste sur la nécessité de prioriser les programmes nutritionnels, essentiels pour prévenir et traiter la malnutrition chez les enfants. Sans un financement immédiat, la situation pourrait devenir irréversible.
453 millions de dollars pour briser le cycle de la faim
Pour éviter une répétition annuelle de ces crises, le PAM plaide pour une approche proactive, basée sur la préparation, l’anticipation et le renforcement de la résilience des communautés. Les gouvernements nationaux et leurs partenaires doivent investir massivement dans des solutions durables pour donner aux populations les moyens de se protéger.
L’agence onusienne a besoin de 453 millions de dollars d’ici six mois pour maintenir ses opérations d’aide humanitaire. « Soutenir les communautés en crise est crucial pour éviter que la faim ne déclenche davantage de troubles, de déplacements et de conflits dans la région », déclare Sarah Longford, directrice régionale adjointe du PAM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Des solutions existent, mais elles manquent de financements
Le PAM mène depuis plusieurs années des programmes ambitieux pour lutter contre l’insécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest. Parmi ses initiatives :
- Des programmes de résilience pour réhabiliter les terres dégradées et renforcer la sécurité alimentaire ;
- Des initiatives d’alimentation scolaire pour garantir l’accès à la nourriture des enfants ;
- Des infrastructures communautaires pour améliorer la résilience face aux chocs climatiques ;
- Un soutien aux systèmes de protection sociale pour protéger les populations les plus vulnérables.
Ces efforts ont déjà porté leurs fruits : plus de 300 000 hectares de terres dégradées ont été restaurés depuis 2018, protégeant près de quatre millions de personnes contre les aléas climatiques. Pourtant, ces avancées restent fragiles faute de financements suffisants. « Les solutions existent, mais elles ne sont pas assez soutenues financièrement », rappelle Jean Martin Bauer.
La crise en Afrique de l’Ouest et du Centre n’est pas une fatalité. Avec une mobilisation internationale rapide et ciblée, il est encore possible d’éviter le pire et de construire un avenir où la faim ne sera plus une menace permanente.